"Préparez le chemin du Seigneur !"

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Homélie du deuxième dimanche de l'Avent 2020

Une caractéristique de la Parole de Dieu entendue aujourd’hui, c’est qu’elle nous parle d’attente, de préparation, pour quelqu’un qui doit venir… mais qui n’est pas encore là ! La rencontre n’a pas eu lieu.

C’est une situation qui correspond tellement bien à ce que beaucoup d’entre nous, tous peut-être, nous vivons.

Cette semaine, nous avons appris le décès de Mgr Henri Teissier, ancien Archevêque d’Alger. Il avait demandé la nationalité algérienne, il était citoyen algérien.

L’Église d’Algérie, vous le devinez, est dans une situation très particulière. Après l’indépendance de l’Algérie, en 1962, la plupart des français qui vivaient là-bas sont partis précipitamment, abandonnant souvent tous leurs biens, ou le peu qu’ils avaient. (beaucoup étaient des gens très modestes, comme la mère d’Albert Camus, femme de ménage). Or c’était eux qui constituaient les communautés chrétiennes. L’Église s’est donc retrouvée avec un tout petit troupeau : fallait-il partir ? Cela avait-il un sens : une Église dans un pays musulman ? Ils ont choisi de rester, et d’accepter cette vocation nouvelle : témoigner du Christ dans le compagnonnage et le dialogue avec les musulmans. C’est à cela que Mgr Teissier a consacré sa vie.

Il est mort le 1° décembre : or c’est justement le jour anniversaire de la mort du Père Charles de Foucauld, et aussi le jour de sa fête liturgique, puisqu’il a été déclaré ‘Bienheureux’ et sera bientôt canonisé. Mgr Teissier était un disciple du Père de Foucauld.

Que voulait le Père de Foucauld, en partant vivre le plus loin possible, au fond du Sahara, auprès des populations très démunies des Touaregs ? A coup sûr, lui, le converti, il voulait leur faire découvrir Jésus, le Christ, le Fils de Dieu. Mais sa longue expérience, sa connaissance du Coran, de la langue arabe et de la langue tamachek, sa connaissance des mentalités, des modes de vie… tout cela lui faisait comprendre que la rencontre des Touaregs avec le Christ n’était pas pour aujourd’hui ni pour demain. Il fallait entrer dans le temps de la longue patience, la patience même de Dieu, celle dont parle St Pierre dans l’épître d’aujourd’hui.

Il fallait préparer le chemin du Seigneur, tracer une route droite… Le Père de Foucauld attribuait une grande importance à la pratique des vertus humaines : la droiture, l’honnêteté, la justice, la bonté. En les pratiquant lui-même d’abord, bien sûr, et en les enseignant. En témoignant toujours d’une grande charité, en rendant service, en soignant. En s’intéressant aux autres, à leur culture, à leurs valeurs. Et les liens d’estime et d’amitié étaient tels que lorsqu’il fut gravement malade, près de mourir, ce sont ses amis touaregs qui l’ont soigné et lui ont sauvé la vie.

« Préparer le chemin du Seigneur », c’est cela : s’engager dans l’amitié, dans le dialogue, dans la connaissance mutuelle, sans savoir où cela nous mènera – parce que c’est l’affaire de Dieu.

Est-ce que cette situation n’est pas de plus en plus souvent la nôtre ? N’est-ce pas celle des aumôneries de lycée, par exemple ? N’est-ce pas celle des aumôneries d’hôpitaux ? N’est-ce pas celle des aumôneries de prison ?

N’est-ce pas celle de beaucoup de nos familles – étant donné que la transmission de la foi semble de plus en plus difficile, et que le climat de la société, de la culture, qui nous entourent, et dans lequel baignent les jeunes, est de plus en plus étranger – voire hostile - au christianisme ?

Oui, nous sommes tous des petits Jean-Baptiste : chargés de préparer le chemin du Seigneur, chargés de l’annoncer, de dire : « il vient ! ».

Comment préparer le chemin du Seigneur ?

• D’abord dans nos propres cœurs, en les purifiant de nos péchés, de nos manquements à la foi que nous professons, de nos étroitesses de jugement ;

• Dans le dialogue, l’amitié, la connaissance mutuelle, le service – sans faire de prosélytisme, sans vouloir forcer la main, mais en témoignant simplement de notre foi, de ce qu’elle nous fait vivre ;

• Et surtout, en faisant confiance à « l’heure de Dieu » ; l’heure de Dieu, ce n’est pas la nôtre.

Père Didier Monget

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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