Adventus

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Homélie du premier dimanche de l'Avent 2020

Avec toute l’Église, nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent. Avent « adventus », en latin, signifie avènement, venue solennelle. « Il vient, le Seigneur ! » . Les textes de la parole de Dieu de ces dernières semaines ont exprimé cette tension dynamique à l’intérieur de notre foi entre le Christ qui est déjà venu, le Christ qui reviendra et le Christ qui est là, au quotidien, avec nous, avec son Peuple, tension comme nécessaire entre le « déjà-là » de son Royaume, et le « pas encore » de ce même Royaume, dans lequel se situe l’espace pour la Foi, pour l’Espérance et la Charité du disciple, espace pour la liberté des disciples.

La parole de Dieu de ce premier dimanche de l’Avent met en lumière deux éléments. « La réalité de l’errance de l’humanité hors des chemins de Dieu » d’une part, et d’autre part « l’appel à la Vigilance » que Jésus donne à ses disciples : « prenez garde, restés éveillés. Veillez donc… Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

La réalité de l’errance de l’humanité hors des chemins de Dieu est assez facile à voir ou à entendre, à repérer, dans le monde, dans la société, aussi, au plus proche de nous. Il n’est point besoin d’une grande attention pour l’apercevoir, elle vient toute seule. Cette errance guète tout homme, toute femme, quels qu’ils soient. Elle nous atteint, elle atteint chacun dans un espace de son histoire et de sa vie et de manière plus ou moins importante. Elle est plus ou moins visible. Isaïe en parle : « nous avons péché et nous nous sommes égarés » ; il utilise des images parlantes, pour aider chacun à poser - en quelque sorte - le diagnostic de son propre égarement : « nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes ». En cette période si particulière et si inédite de crise liée à la Pandémie, nous pouvons aussi être touchés par cette errance, par les questions que posent cette pandémie, par les décisions qui sont prises, celles que nous prenons, celles que nous subissons, celles que nous ne prenons pas. C’est alors la tentation du repli ou de la méfiance, de la médisance ou du jugement voire de la condamnation ; c’est la tentation du découragement ; la tentation de se faire des réserves ou de fuir, de se protéger ou d’attaquer, en cherchant à désigner un coupable, un ou plusieurs responsables. C’est la tentation d’énumérer toutes les injustices pour s’autoriser à être soi-même injuste ou lâche, pour baisser la garde ou s’affranchir de besognes parfois ingrates et profiter de cette période pour s’autoriser à s’en libérer. Bref, chacun est rejoint dans ce qu’il est, dans ses projets, dans sa vie, dans ses vulnérabilités et ses travers, et le malin aime entrer dans les brèches de nos existences pour y semer la zizanie, la division. Il aime profiter de ces situations humaines pour passer en secret, en cachette et semer le trouble, la défiance ou la méfiance.

Et l’homme est « très fort » ou « très fragile » - je ne sais - pour se laisser séduire par les manières de faire du malin, caché parfois sous les travers de « l’ange de lumière ». En effet, chacun souvent sait facilement trouver un motif de justification à ses mésactions, à sa paresse, à son absence de réponse à l’invitation du Seigneur ; déjà dans l’Évangile, Jésus citait les justifications de son époque : « je viens juste de me marier, j’ai acheté des bœufs et je dois les essayer, je dois faire ceci ou cela, et c’est si important ».

L’Avent nous invite à la Vigilance sur ces errances, sur ces fonctionnements trompeurs en nous, à la Vigilance sur nos connivences avec ces errances. Mais, plus encore, cette Vigilance est attente et désir du Rédempteur à partir du Mystère même de Dieu « Maintenant, SEIGNEUR, c’est toi notre Père. Nous sommes l'argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l'ouvrage de ta main. ».

C’est dans ce contexte concret et réel que la parole de Jésus nous rejoint : « Veillez ! » dit Jésus, mais, qu’est-ce veiller ?

Veiller, c’est attendre dans la nuit, c’est durer dans la nuit. C’est ce que font les scouts ou d’autres jeunes autour du feu pendant leur camp l’été. Veiller, c’est rester éveillé à une heure prévue en principe pour le sommeil réparateur, mais, veiller, c’est finalement renoncer à ce bien du sommeil, pour un plus grand bien : veiller pour la joie d’être ensemble, veiller pour la joie de chanter, de prier, de jouer, de s’écouter mutuellement, veiller pour accueillir la joie d’être simplement vivant. Bien des messages importants passent lors de ces veillées nocturnes.

Il y a aussi la veille en présence d’un malade où celui qui veille renonce à son bien propre, pour se rendre attentif aux moindres mouvements, souffle, parole ou murmure peut-être, pour y être présent et pour y répondre dans la mesure de ses possibilités : un verre d’eau, un gant mouillé sur le front, des paroles douces, pleines d’attention et de bienveillance, des gestes délicats devant la fragilité de l’autre, un « Je vous salue Marie » récité lentement et avec profondeur et simplicité, surtout pas trop vite pour que le malade puisse s’associer à ces paroles et être ainsi porté par une présence fraternelle et priante à ses côtés.

On le voit, la vigilance ramène à l’essentiel, à la vie présente, à la vie de l’autre, à la vie des autres, à sa propre vie. Veiller, parce que vivre est le plus grand don et parce qu’il est aussi le plus fragile. La vigilance écarte tout ce qui peut éparpiller ou disperser l’attention des yeux, des oreilles et des autres sens, du cœur, de l’intelligence, du désir ; la vigilance ramène la personne à la simple présence, à être là, totalement présente à l’instant présent, reçu, tel qu’il se présente. Elle est une attitude active, très ouverte à ce qui se passe, à ce qui vient là, maintenant, très ouverte à l’extérieur de soi, comme à l’intérieur de soi, sans être réactive et précipitée ! La vigilance suscite la prudence. Elle suscite une unification intérieure, une communion en soi, une communion avec l’autre, avec les autres, une présence à la Présence de Celui qui donne la vie, qui vient et qui est là. Cette vigilance rend attentive. Elle peut être fatigante, elle peut être longue attente, et peut ainsi constituer une épreuve : celle de la durée, celle de l’attente de la vie, d’un mieux, d’une guérison, d’une aurore qui tarde à venir, d’un pardon attendu, d’une parole de paix ou de réconfort.

La Vigilance invite à « Chercher la vie non pas dans un ailleurs ou dans un après mais accepter de vivre ce présent qu’il soit heureux ou douloureux. Sentir le souffle de vie en nous et autour de nous. Chacun sait que la vie se goûte au présent mais, trop souvent, nous nous échappons vers un demain ou un après. Trop souvent nous restons suspendus à une attente d’un lendemain meilleur, moins confiné, plus assuré économiquement, moins restreint dans le pouvoir d’achat… Il y a certes le souci du lendemain pour tous ceux dont l’activité est mise à mal et dont le niveau de vie fond à vue d’œil. Mais, rien ne nous empêche d’opposer à ce souci notre volonté de goûter au simple souffle de vie, à la joie du jour qui se lève, à la lumière qui brille quel que soit notre état d’esprit ou notre humeur.

Ce souffle de vie est également présent et en devenir au seuil de cette entrée dans l’Avent. L’Avent est une période propice à l’apprentissage de l’attente. Une attente qui n’est pas comme suspendue ou confinée dans le temps. Une attente qui est une dynamique à construire, un élan à trouver. Cherchons cette lumière qui peut éclairer notre journée et notre attente. L’attente dans l’Avent repose sur l’espérance de Celui qui vient certainement, et nous empêche de capituler devant des situations difficiles et anxiogènes. L’espérance laisse entrevoir la lumière, la joie. Elle permet de croire en un lendemain possible, parce qu’il commence aujourd’hui… » (Barbara dans la lettre aux amis de Penboc'h)

Alors, s’il est une grâce à demander en ce début d’Avent, c’est bien celui de la Vigilance à la manière du Christ, pour l’accueillir, Lui qui vient à la rencontre de l’humanité, et pour chacun de nous, en chacun de ces instants de cette période de l’Avent. Demandons cette grâce de tout notre cœur.

Père Pierre Deprecq

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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