Il vit et il crut !

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Homélie de Pâques 2021

Pour nous qui attachons tellement d’importance à la Résurrection du Christ, les récits évangéliques sont assez déconcertants, parce que les premiers témoins ne semblent pas y attacher la même importance. Du moins, pas tout de suite – et c’est cela qui nous intéresse : c’est progressivement qu’ils ont pris conscience de ce qui était en train de se passer.

Les plus déconcertantes, à coup sûr, ce sont ces saintes femmes de l’évangile de Marc : Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé. Elles ont peur, malgré les propos rassurants du ‘jeune homme vêtu de blanc’, elles entendent la nouvelle (le crucifié ? il est ressuscité… il vous précède en Galilée…) mais c’est la peur qui les domine – et elles s’enfuient sans rien dire à personne !!!

Ne rions pas trop d’elles : le choc, la surprise, sont trop forts. Que dire ?...que faire ?...ce n’est pas possible !... c’est tellement inattendu, c’est tellement en dehors de tout ce qu’on pouvait concevoir, c’est une telle rupture dans l’ordre de nos connaissances familières…

L’évangile de Jean raconte, lui, la visite de Pierre au tombeau : il entre,  « il voit le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête roulé à part, à sa place »… mais il n’a aucune réaction. St Luc précise qu’il repart tout étonné.

Il y a aussi les tentatives d’interprétation de cet événement inattendu : le tombeau est vide ! Marie-Madeleine dit : « on a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ». Qui a pu faire cela ? Des adversaires, sûrement, qui s’acharnent même sur le cadavre de Jésus ?

Dans l’évangile de St Matthieu, on trouve une autre interprétation, qui a dû courir quelque temps : après la mort de Jésus, les Grands-Prêtres vont trouver Pilate et lui disent : « mets des gardes près du tombeau, parce que nous craignons que ses disciples viennent enlever son corps, et ensuite ils raconteront qu’il est ressuscité ! »

Qui est donc ce Voleur qui a enlevé le corps de Jésus ?!

Il s’agit là des réactions immédiates, mais qu’en est-il ensuite, un peu plus tard, lorsqu’on commence à intégrer cette énorme surprise ?

Ne parlons pas des femmes : selon St Marc, elles ne disent rien à personne, ce qui contredit les autres évangélistes.

Pierre et Jean, lorsqu’ils ont vu que le tombeau était vide et les linges soigneusement rangés ? Le texte indique tout simplement : « Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux ».

Et plus tard, après que Jésus leur eût apparu au moins à deux reprises ? - Ils repartent en Galilée, et ils vont à la pêche ! Ils reprennent leur vie d’avant.

Ainsi donc, nous voyons combien les premiers disciples eurent du mal à intégrer, à comprendre l’événement-résurrection, et à en mesurer les conséquences, pour eux-mêmes et pour le monde entier. Pourtant, nous savons que peu à peu, dans la présence et sous la poussée de l’Esprit Saint, ils sont allés jusqu’au cœur de l’Empire romain pour annoncer la formidable nouvelle.

Que s’est-il donc passé ? J’ai omis volontairement 1 événement, 1 seul tout petit détail des récits évangéliques : le matin de Pâques, quand l’apôtre Jean est entré à son tour dans le tombeau vide, à la suite de Pierre, il est écrit cette phrase minuscule : « il vit et il crut ». Tout repose là-dessus.

Tous ont vu : Marie Madeleine et les autres femmes, Pierre, les deux disciples d’Emmaüs, et bien d’autres sûrement; tous ont vu. Mais il ne suffit pas de voir. Encore faut-il aller plus loin que la surface des choses, encore faut-il être réceptif au message qui est peut-être attaché à ce que l’on voit. C’est ce que l’évangile de Jean appelle « les signes ». C’est un appel pour chacun de nous : que voyons-nous, dans tous les événements de notre vie, dans les personnes que nous rencontrons ? Seulement la surface des choses, ou peut-être un signe, un appel du Seigneur ?

Jean a vu et il a cru. C’est difficile d’expliquer ce que c’est que croire. On a bien le droit – et même le devoir – d’être raisonnable, de se poser des questions, de réfléchir… Pourtant, il y a un moment inévitable où il faut « se jeter à l’eau », lâcher prise, dépasser notre besoin de tout vérifier, d’être absolument sûr… C’est le moment où l’on fait confiance, parce qu’on a reçu suffisamment de signes justement.

Et où cela nous mènera-t-il ? Allons-nous rentrer chez nous et repartir à la pêche, comme les premiers disciples – c’est-à-dire reprendre nos activités habituelles, comme si de rien n’était ? Oh, il n’y a aucun mal à cela ! Mais peut-être que le Seigneur Jésus a une autre idée ? Il saura bien nous la faire savoir !

Père Didier Monget, Curé

Pour télécharger l'homélie, cliquez sur l'image ci-dessous

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