« Jésus gardait le silence et ne répondit rien... »

Après tant d'accusations, d'injures, jusqu'au moment de son supplice atroce, après que Jésus ait expiré dans son cri, l’évangéliste Marc a retenu une seule parole, parole de sagesse : celle de cet étranger, le centurion romain, qui, voyant comment Jésus avait expiré, a déclaré : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! »

Homélie du dimanche des Rameaux 2021

Durant son procès, par deux fois, Jésus ne répondit rien. Il est resté silencieux jusqu'à son dernier souffle.

Pour son procès improvisé, dans la nuit, devant le Tribunal religieux, Jésus était interrogé par le Grand-Prêtre, à la suite des accusations portées par plusieurs témoins : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu'ils portent contre toi ?  Mais lui, gardait le silence. »

Puis, Pilate lui a demandé, après les accusations  des chefs religieux : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu'ils portent contre toi. Mais Jésus ne répondit plus rien »

Il avait seulement retenu la question que Pilate lui avait posée: « Es-tu le Roi des Juifs » ? Jésus avait seulement retourné la question « C'est toi qui le dis »

Silence de Jésus, silence étonnant.

Lui qui a tant parlé, annoncé la bonne nouvelle, interpellé ceux qui pensaient savoir. Il a même pleuré sur la ville en arrivant par la colline en face, le mont des Oliviers, juste avant son entrée à Jérusalem dans les acclamations. Empruntons à l'évangéliste Luc (19, 42) cette expression de Jésus : « Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! …. Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. »

Dans la Passion selon Marc, il y a peu de paroles de Jésus à partir du dernier repas, de la Cène, où il a rompu la pain et offert la coupe en signe de sa mort et de la nouvelle alliance en vue de la résurrection future. Ensuite, il a annoncé  l'épreuve de son arrestation imminente, qui va disperser les disciples, et il prédit la défection de Pierre.

Puis aussitôt après, à Gethsémani, au jardin des oliviers, où le groupe passait la nuit, il a eu cette prière surprenante, instante, si douloureuse : « Abba, Père, si tu veux éloigne de moi cette épreuve, mais non ce que je veux, mais ce que tu veux... »

Les disciples, accablés de fatigue, de tristesse, endormis, n'ont pu vraiment le soutenir.

Puis, est arrivé Judas, qui, d'un mot « Rabbi », en l’embrassant, le désigne à la troupe venue l’arrêter …

Dans la suite du récit, tout le monde a parlé : les bavardages dans la cour de la maison du Grand-Prêtre, avec le reniement de Pierre, les diatribes des faux témoins du procès devant le Conseil suprême, l'interpellation du Grand-Prêtre à laquelle Jésus oppose le silence, sauf quant il lui demande « Es-tu le Christ, le Fils du Béni ? » La réponse de Jésus, alors, est simple et très forte : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du tout-Puissant et venir parmi les nuées du ciel. »

Ce qu'il annonce, avec cette citation du Livre de Daniel,  c'est l'espérance du peuple de Dieu persécuté  : Dieu lui-même promet de sauver son peuple en détresse, par un « Fils d'homme » qu'il enverra... Terrible mise en cause des chefs religieux qui, alors, pour des raisons sécuritaires, n'hésitent pas à se compromettre avec l'occupant romain, en leur livrant Jésus, au lieu de faire totalement confiance à Dieu.

Jésus, aussi, a donné une réponse à Pilate, avant de rester silencieux. Pilate lui avait demandé d'emblée « Es-tu le Roi des Juifs ? » et Jésus a répondu en retournant la question : « c'est toi qui le dis »

Alors Jésus ne répond plus rien. Et pourtant, il va subir le rejet de la foule, encore les moqueries, les insultes de ceux qui viennent le voir crucifié, cloué comme un malfaiteur, le narguer, l'insulter...

Dans les traditions que l'évangéliste Marc a dû connaître pour rédiger son évangile, il ne mentionne que le cri de Jésus, après tout ce silence douloureux, au moment de sa mort : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné ? » Ce n'est pas un cri de désespoir, même dans cette souffrance extrême, mais déjà une proclamation de confiance et de victoire : il faut lire le psaume 21 tout entier, jusqu'à la fin. Et nous avons chanté, tout-à-l’heure, ce dernier verset : « Tu as répondu et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée... »

Après tant d'accusations, d'injures, jusqu'au moment de son supplice atroce, après que Jésus ait expiré dans son cri, l’évangéliste Marc a retenu une seule parole, parole de sagesse : celle de cet étranger, le centurion romain, qui, voyant comment Jésus avait expiré, a déclaré : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! »

Silence de Jésus.

Devant une telle souffrance, évoquée ici, par cette lecture, restons, nous aussi, en silence. Nous gardons alors profondément dans notre mémoire le témoignage suprême de notre bien-aimé Sauveur, condamné, injurié, rejeté, moqué, torturé...

Et Lui, nous le reconnaissons aussi, aujourd’hui, chez nos frères et sœurs démunis qui connaissent tant de souffrances et d'épreuves...

Silence, pour ne pas oublier et afin d'agir.

Silence de la prière, pour laisser montrer en nous des projets et des résolutions, et  pour nous mettre encore, « au service »...

 Dans le silence de notre méditation, que nous soit surtout accordé de saisir combien Jésus nous a aimés, combien il nous écoute maintenant, Lui, qui relevé de la mort, vivant à jamais, vient nous rejoindre aujourd'hui dans nos épreuves,  et nous conduire dans l’espérance.

Père Daniel Bertaud

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