Le Corps et le Sang du Seigneur

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Homélie du dimanche 06 juin 2021

Quand on parle de l’eucharistie, on pense le plus souvent au corps du Christ que nous recevons sous la forme du pain, de l’hostie. Mais, l’eucharistie est corps et sang. Le corps, c’est ce qui se voit, qui se touche, qui nous permet d’être en relation, avec les autres. Mais, un corps sans sang, c’est un corps sans vie. Le sang est vital. Que le sang circule dans notre corps est vital. Le sang est le plus souvent caché en nous, sauf quand on se coupe ou quand on se blesse. Alors, nous voyons le sang couler. Jésus n’a pas voulu nous laisser que son corps, il a voulu nous laisser son sang. Nous venons de l’entendre dans l’Évangile. Son corps qui est relation avec les hommes de son temps et son sang qui est vie, vie de communion avec son Père, vie cachée de relation avec son Père. « Ce qui plait à mon Père, je le fais toujours ».

Si nous communions au corps du Christ, si nous honorons le Corps du Christ, si nous l’adorons, si nous participons à l’eucharistie, c’est bien que nous venons chercher le bien le plus précieux que rien d’autre au monde ne peut donner : la vie éternelle, la plénitude de la vie, Dieu lui-même. Oui, dans l’eucharistie, nous venons nourrir notre relation à Dieu, à Jésus. Nous sommes désireux de cette plénitude de la vie et elle nous est donnée, là, tout simplement, au travers de signes les plus simples et les plus ordinaires que sont le pain et le vin. Notre Dieu a voulu nous laisser le signe de sa présence, dans ces réalités les plus ordinaires et les plus simples, au cours d’un repas que Jésus a pris la veille de mourir et de donner sa vie pour nous et pour la multitude. Dans le pain et le vin consacrés sont présents la plénitude de la vie de Dieu, Dieu lui-même, notre créateur et notre sauveur, qui s’abaisse pour venir à nous, en nous, pour vivre en nous, pour être notre vie, notre source, la source de notre dynamisme, la source de notre foi, la source de notre charité, la source de notre être.

Nous sommes tous certainement un peu trop habitués après des années de pratiques religieuses, et peut-être plus suffisamment émerveillés devant ce grand mystère de la foi, mis à notre portée, déposé en nos mains, désireux de faire sa demeure en nous. Et pourtant, nous le savons bien, c’est dans l’eucharistie que se trouve la source et le sommet de notre vie chrétienne et de notre vie humaine, car elle est le lieu de notre union, de notre communion avec notre Dieu et de notre communion les uns avec les autres, par-delà les âges, les différences de sensibilités, de milieux sociaux, de cheminements personnels. Dans l’eucharistie est notre trésor de chrétiens, parce que nous y écoutons la parole de Dieu qui s’exprime en paroles humaines, parce que nous exprimons notre louange, notre action de grâce et notre intercession, en union avec le Christ, dans la grande prière eucharistique. Et ces attitudes de louanges, d’intercession, d’action de grâce sont ce qu’il y a de plus beau et de plus grand dans un cœur humain. Un cœur humain qui n’est pas habité par ces mouvements intérieurs de gratitude, d’intercession, de demande, est tout simplement replié sur lui-même, enfermé, et court donc à la tristesse et à la mort, ce que notre Dieu ne veut pas. L’eucharistie est le trésor qui nous est confié pour qu’en recevant le Corps du Christ, nous devenions davantage les membres de son corps, des membres vivants, des membres unis, des membres donnés, des membres habités par le don, par l’Amour : « ceci est mon corps livré pour vous ».

Ce grand mystère de l’eucharistie a été confié aux apôtres et par eux à toute l’Église et nous nous réjouissons du chemin magnifique que l’Église a fait depuis plus de 60 ans, depuis le concile Vatican II, pour permettre à tous les fidèles de mieux comprendre, de mieux participer, et donc de mieux goûter aux fruits de vie contenues dans l’eucharistie. Si les prêtres sont nécessaires pour que l’eucharistie soit célébrée, et pour que le corps et le sang du Christ soient consacrés, c’est le corps tout entier de l’Église qui célèbre l’eucharistie, qui prend soin de l’eucharistie, qui chante, qui prie, qui loue, qui adore, qui offre, qui intercède, qui communie. Et nous ne pouvons que nous réjouir de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre servent l’eucharistie, les diacres, les lecteurs, les chanteurs, les servants d’autel, les musiciens, les personnes qui fleurissent nos églises, celles qui prennent soin de nos églises et de nos sacristies pour que tout soit beau et propre et exprime la grandeur du mystère de notre foi, les personnes qui portent la communion aux malades et aux personnes âgées, ceux qui ouvrent et ferment les églises, qui préparent et animent la liturgie, et j’en oublie. Quel chemin parcouru dans l’Église en 60 ans ! Merci Seigneur ! Et pourtant, je crois que le chemin est appelé à continuer ! Dans le concile Vatican II, était cité un Pape du début du XX° siècle qui disait : « l'Église se soucie d'obtenir que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers ou muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l'action sacrée, soient formés par la parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâce à Dieu ; qu'offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi ensemble avec lui, ils apprennent à s'offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés par la médiation du Christ dans l'unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous. » (SC 48).

Il me semble que dans nos assemblées, des fidèles participent encore trop en spectateurs, n’osent pas prendre leur part de service, ou bien ne s’y sentent pas appelés. L’eucharistie est notre bien à tous, en vertu de notre baptême. Elle est un don, mais elle aussi une responsabilité, et pas seulement pour des chrétiens qualifiées ! Quelle qualification faut-il pour se tenir à la porte pour accueillir les personnes qui entrent ? Ou pour distribuer les feuilles de chants ? Ou pour faire la quête ? Ou pour participer au ménage et à l’entretien ? Depuis 3 ans que je suis ici, je ne sais pas qui fait le ménage ni quand, et pourtant, l’église est propre. Ceux qui remplissent ce service sont comme le sang qui coule au cœur du Corps et qui ne se voit pas. Il me semble que tout baptisé devrait pouvoir participer d’une manière ou d’une autre à un service de l’eucharistie et que ça devrait être interdit de participer à l’eucharistie uniquement en spectateur.

Que cette fête du Corps et du Sang du Seigneur nous encourage à appeler pour le service de l’eucharistie, appeler des prêtres, des diacres, mais aussi appeler chacun à prendre sa part, d’une manière ou d’une autre, selon sa mesure, pour que grandisse le Corps du Christ en ce monde, pour que le corps et le sang de Jésus puisse continuer à nourrir la multitude pour laquelle Jésus a donné sa vie. Et cette multitude, elle est là, autour de nous, et Jésus nous dit à nous aussi : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Que Jésus nourrisse notre foi pour que nous puissions être à notre tour, pain vivant et sang qui circule pour la vie de ce monde.

Père Pierre Deprecq

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