Les trois étages de l'Amour

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Homélie du sixième dimanche de Pâques 09 mai 2021
Aimer être aimé, aimer aimer, aimer

Encore le commandement de l’Amour ?! Oui, encore ! Et pour cause. C’est le grand défi de toute existence humaine que d’aimer, que d’apprendre à aimer à la manière de Dieu. "Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". C'est un commandement, une parole vitale, une parole qui fait entrer dans la vie, une parole qui, si nous l’écoutons et la mettons en pratique, donne une dimension d’éternité à notre vie humaine. Nous savons combien ce mot d’amour peut être galvaudé et confondu avec des réalités qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’amour. L’enjeu de l’amour dans la vérité, ou l’enjeu de la vérité de l’amour, c’est justement de sortir de nos confusions. Il nous est bon de désirer l’amour, de désirer aimer, et de crier vers le Seigneur, dans notre prière pour lui demander son Esprit Saint, "Amour de Dieu répandu dans nos cœurs", afin qu’il soit Celui qui nous initie à l’Amour au cœur de nos vies. Nous nous souvenons du cri de joie de St Thérèse venant de vivre une illumination intérieure en écoutant la parole de Dieu : "Ma vocation, enfin je l’ai trouvé, ma vocation, c’est l’amour".

Mais, au fond, c’est quoi aimer ? On attribue à St Augustin une formule qui exprime toute la dynamique de l’Amour, tout le cheminement de l’Amour, comme une réalité non figée, mais vivante. Cette formule est : « Aimer être aimé, aimer aimer, aimer ». (en latin, amare amari, amare amare, amare)

1. LE PREMIER SEUIL DE L’AMOUR. « AIMER ÊTRE AIMÉ » : c’est l’amour reçu, se savoir, se reconnaitre aimé des autres et de Dieu. Dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est la parole : "Comme le Père m’a aimé, je vous aimé, demeurez dans mon amour". Aimer être aimé, c’est la première expérience nécessaire pour le développement de l’amour en nous. Laisser l’Amour de Dieu nous rejoindre jusque dans nos faiblesses, dans nos limites, dans nos fragilités, dans nos péchés, jusque dans ce qui peut nous paraître le plus détestable ou honteux dans nos vies. Le Christ offre un accueil inconditionnel à ce qui est faible, fragile, faillible dans l’homme ; rappelons-nous la Samaritaine, Zachée, Pierre, les aveugles, les boiteux, les sourds. Jésus part de là, de ces fragilités humaines, pour révéler jusqu’où va son amour et la puissance de sa grâce. "Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimé le premier". Sans cet amour reçu, sans cet amour accueilli, toutes nos démarches ne seront qu’efforts humains, altruistes, certes beaux, généreux, mais n’auront d’horizon que l’horizontalité et n’auront leur source que dans la superficie de nous-mêmes et non dans Celui qui est à la source de notre vie et de l’amour en nous. Oui, il nous est nécessaire de nous reconnaître aimés, aimés de Dieu, comme un Père, comme un véritable ami. "AIMER ÊTRE AIMÉ", c’est le premier seuil de l’amour. C’est le fondement de l’amour. C’est l’amour du petit enfant, qui aime être aimé de ses parents, qui aime quand ses parents l’aiment comme il est.

2. LE DEUXIÈME SEUIL. « AIMER AIMER », c’est l’amour rendu : vouloir aimer en retour. Ayant accueilli l’amour de Dieu et des autres pour nous – ce 1° seuil de l’amour peut avoir une certaine part de narcissisme s’il en reste là -, nous sommes appelés à rendre amour pour amour, à partager cet amour. Vouloir aimer suppose un certain changement de vie, une certaine dé maîtrise, une certaine dépossession, un certain déplacement, retournement vers les autres et vers Dieu. C’est l’étape d’un certain goût pour l’amour, pour le don de soi-même, avec une certaine purification qui est encore à venir. Car ici, l’amour est suscité par ce qui est reçu de l’amour donné : une forme de reconnaissance, l’expérience qu’il est bon d’aimer. Nous aimons aimer, parce que ça fait du bien. J’aime aller visiter une personne âgée, car j’ai la conscience tranquille, j’aime donner quelques sous à un pauvre qui me tend la main, car ça me rassure un petit peu. Aimer aimer, c’est déjà bien, c’est déjà une étape nouvelle dans l’amour, il y a déjà quelque chose de la sortie de soi, de l’ouverture à l’autre, au Tout Autre, aux autres. Il y a déjà une certaine ouverture du cœur, et un mouvement du cœur vers l’extérieur. Mais ce seuil n’est pas encore la plénitude de l’amour. Puisque j’aime aimer, l’amour est encore tourné vers soi : l’amour adolescent, pourrions-nous dire. Déjà une vraie expérience, mais, une expérience qui doit mûrir, s’épanouir pleinement.

3. VIENT DONC LE TROISIÈME SEUIL : « AIMER ». C’est l’amour offert. A ce stade, la personne atteint une grande liberté intérieure. "Aime et fais ce que tu veux", écrit encore St Augustin. La seule chose qui importe est de louer, servir et respecter Dieu en toute chose, aimer les autres et le Père, comme le Christ, par Lui, en Lui. C’est laisser l’Esprit Saint venir prendre possession de tout l’être pour qu’il aime Lui-même en nous et par nous, comme Lui veut. L’amour devient oblation et action de grâce, totalement unifié, tout tourné vers les autres et vers le Père, à la manière du Christ. La vie devient alors abandon au Christ et à l’Esprit d’Amour. "Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi", écrit St Paul aux Galates (2, 20). Il s’est laissé saisir par le Christ, il est tout au Christ, tout disponible entre ses mains. C’est l’amour qui n’attend rien d’autre que de continuer à aimer. C’est l’amour de fidélité, c’est l’amour qui persévère dans la nuit ou dans l’épreuve, c’est l’amour qui continue à se livrer, même s’il n’est pas reçu. C'est l'amour qui pardonne, c'est l'amour qui donne toujours une autre chance à l'autre. C’est l’amour du Christ, c’est le "comme" du "comme je vous ai aimé", de Jésus à ses disciples. C’est l’amour adulte dont parle St Jean : "Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu".

"Aimer être aimé, aimer aimer, aimer", trois seuils, trois étages dans l’édification d’une vie à la suite du Christ. Et l’auteur de cet itinéraire, c’est l’Esprit Saint à l’œuvre en nous. Alors, oui, désirons-le, appelons-le sur nos vies afin que cet amour grandisse et que "La joie du Christ soit en nous et qu’elle soit parfaite !".

Père Pierre Deprecq

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