« Moi, je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. »

Tailler la vigne c’est aussi choisir en été de conserver une grappe parmi d’autres pour que la vigne ne s’épuise pas jusqu’à l’automne

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Homélie du cinquième dimanche de Pâques 2021

J’ai la chance d’habiter une maison avec un jardin. Voilà 3 ou 4 ans nous y avons avec mon épouse planté un pied de vigne. Jusque-là rien d’extraordinaire me diriez-vous ! Surtout en Gironde. Mais nous ne sommes pas, ni elle ni moi, des vignerons et nous avons vite compris que l’on ne s’improvise pas vigneron ; nous avons choisi le coin de terre le plus hostile de notre jardin : ancien recoin à gravas à l’angle de deux murs, exposé nord-Est. On dit que plus la vigne produit des efforts pour pousser, meilleur seront ses fruits. Nous espérions là avoir des fruits exceptionnels ! Mais quelle déception ! Quant au goût je n’ose même pas en parler. Alors nous pourrions nous justifier en disant que décidément le terrain sur lequel nous avons planté ce cep n’est vraiment pas une terre fertile…. Mais nous ferions là une véritable erreur de jugement. La vérité c’est que nous ne connaissions rien à cette plante. Une vigne ne produit pas des fruits comme des pâquerettes produisent des fleurs. La vigne c’est une plante folle qui prolifère sans rien produire (ou presque rien) sinon des feuilles ; c’est une plante qui n’a pas conscience du trésor qu’elle possède en elle. Elle va avoir besoin de l’intelligence du vigneron pour donner en abondance des fruits. Et cette abondance va dépendre paradoxalement de la taille que le vigneron va s’appliquer à réaliser sur chaque sarment. Émonder (mot d’origine latine qui signifie purifier) la vigne c’est tailler à la fin de l’hiver les sarments de telle façon que l’on laisse deux bourgeons tout au plus sur un sarment judicieusement choisi : un pour l’année qui vient et l’autre pour l’année suivante. (Nous pouvons avoir ici une pensée particulière pour les vignerons qui cette année ont été victimes d’une météo surprenante). Tailler la vigne c’est aussi choisir en été de conserver une grappe parmi d’autres pour que la vigne ne s’épuise pas jusqu’à l’automne : il vaut mieux une grappe bien mur en temps et en heure que des centaines de grappes qui n’auront pu murir faute d’énergie, faute de temps. Alors que veut nous dire Jésus quand il dit : « Moi je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. » ?

Tout d’abord il nous apporte une grande nouveauté, une révolution culturelle. Dans la culture biblique la vigne est l’image du peuple d’Israël. Et le vigneron c’est Dieu ; les prophètes utilisent souvent cette image pour exprimer ce lien, cette alliance extraordinaire qui existe entre Dieu et le peuple d’Israël. Mais Jésus en déclarant « moi, je suis la vrai vigne » prend ainsi la place du peuple tout entier et cela c’est nouveau. Ce n’est pas le peuple de Dieu qui donne naissance au Messie, c’est le Messie qui donne naissance au nouveau peuple de Dieu et cela c’est un retournement complet d’approcher le mystère de Dieu.

La seconde nouveauté c’est qu’il est donné à chacun d’entre nous d’agir au NOM du Fils de Dieu. Avant, seul le grand prêtre prononçait une fois par an le nom de Dieu dans un rituel très codifié. Maintenant, chacun peut accueillir ce NOM dans son cœur et laisser ce NOM demeurer, prendre racine dans son cœur. Et Jésus annonce : « tout sarment qui porte du fruit mon père le purifie en le taillant pour qu’il en porte davantage » voilà qui nous parle quand nous connaissons mieux comment une vigne se développe. Et il poursuit « Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dites. » Et voilà que la parole de Jésus, opère dans le cœur de l’homme et de la femme comme le sécateur du vigneron opère sur le sarment. C’est vrai aussi qu’un coup de sécateur parfois fait pleurer : on dit bien que la vigne pleure quand on la taille. C’est une réalité : à la coupe de l’eau et non de la sève s’écoule du sarment. Observer la nature sera toujours une richesse pour approfondir le mystère de la foi.

En ce temps de préparation pour accueillir l’Eprit de pentecôte quel enseignement pouvons-nous retenir de cette belle image du vigneron, de la vigne et des sarments ? Et si les bourgeons sur un sarment étaient nos qualités, cela voudrait dire qu’il faudrait privilégier une qualité pour cette année et préserver une seconde qualité pour l’année prochaine. Prenons l’exemple de Marthe et Marie : Marthe présente incontestablement la qualité de la personne serviable ; elle n’est pas dans le discours ; c’est ce que nous rappel la 1ère lettre de Saint Jean : « aimons par des actes et en vérité », Marthe agit mais elle s’épuise. Marie, elle, présente la qualité de la contemplation ; le message de Jésus est sans ambiguïté : la Parole de Dieu précède l’action. Mais que fait Marie de la parole qu’elle reçoit ? Le texte de l’évangile nous dira plus loin que la première des deux femmes à avoir reconnu le Christ Fils de Dieu n’est pas celle que l’on croit. C’est Marthe ! Et aujourd’hui Jésus nous apporte cette précision : la Parole agit comme un sécateur dans le cœur de la personne dans le but de purifier. Purifier la vigne c’est lui donner la possibilité de fructifier. Purifier le cœur de l’humanité c’est la rendre féconde en amour. Que ce soit le sens du service, celui de la justice, de la joie à partager, de la bonté, prenons quelques instants pour reconnaitre deux qualités en nous, dans notre famille, dans notre communauté ; deux qualités reconnues par nous-même et notre entourage (il est important de nommer les qualités de ceux qui nous entourent), reconnaissons entre nous fraternellement deux qualités et laissons la Parole du Vigneron agir avec le sécateur de l’Esprit de Pentecôte pour que ces deux bourgeons donnent du fruit (pas plus de deux si l’on ne veut pas épuiser notre sarment) un bourgeon qualité pour cette année et l’autre pour l’année prochaine. Vous imaginez ce que pourrait devenir la communauté de Saint Nicolas si chacun était en mesure de nommer la qualité de l’autre. À elle seule, elle pourrait mettre en avant au service des uns et des autres plus de 50 qualités dans cette paroisse. C’est peut-être là le secret pour dans l’amour de Dieu élever un château (pour reprendre une expression chère à Sainte Thérèse d’Avila) un château grand cru Saint Nicolas.

À chaque année suffit sa Joie !

Jean-Marie Perrier, Diacre

Bordeaux Saint Nicolas 02 05 2021

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