Nous n'avons fait que notre devoir !

Puis, à l’impossibilité du pardon devenu possible par la foi, suit l’histoire du serviteur.

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Homélie du dimanche 02 octobre 2022 – 27ème dimanche du Temps Ordinaire C

Dimanche dernier, je dis cela pour ceux qui auraient manqué un épisode, nous entendions la parabole d’un nommé Lazare et d’un riche sans nom. Aujourd’hui arrive un récit un peu chaotique, du moins apparaît-il ainsi de prime abord, d’autant plus chaotique que les liturges romains qui ont fait le choix du découpage des récits ont parfois fait du charcutage, nous privant aujourd’hui de cinq versets qui éclairent le début du récit et qui relient la parabole de Lazare et du riche avec ces dialogues entre Jésus et ses apôtres.

Voyez vous-même, ou plutôt entendez :

Jésus disait à ses disciples : « Il est inévitable que surviennent des scandales, des occasions de chute ; mais malheureux celui par qui cela arrive ! Il vaut mieux qu’on lui attache au cou une meule en pierre et qu’on le précipite à la mer, plutôt qu’il ne soit une occasion de chute pour un seul des petits que voilà. Prenez garde à vous-mêmes !

Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. »

Et donc la suite déjà entendue :

les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »

Suivie d’un exemple un peu caricatural, mais on est en orient, de l’arbre qui irait se planter dans la mer, caricatural mais à peine plus invraisemblable que le frère qui demanderait pardon 7 fois dans la journée, 7 ! Et je lis, j’entends : « augmente en nous la foi ! » Augmente en nous la foi pour que nous croyions au pardon, augmente en nous la foi pour que nous croyions en la résurrection et dans Saint Luc il s’agit bien de cela puisque les apôtres, les douze, parlent à Jésus en l’appelant Seigneur.

Puis, à l’impossibilité du pardon devenu possible par la foi, suit l’histoire du serviteur.

Le propos que Luc veut souligner et qui, s’il s’adresse là aux apôtres, aux douze, s’adresse aujourd’hui à nous, le propos de cette histoire, le but de cette mise en scène est explicite :

quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites (et là ça fait mal) :
« Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir. »

« Nous sommes des serviteurs inutiles », dit une traduction plus proche du texte, ou encore : « bons à rien ». S’adressant aux apôtres ça semble vouloir dire que personne n’est irremplaçable et d’ailleurs Judas a été remplacé par Matthias.

Dans une autre vie, alors que ma mission me conduisait à rencontrer souvent les prêtres du diocèse, certains me disaient : tu ne nous remercie pas assez pour ce que nous faisons … l’évêque ne nous remercie pas assez …. Ils ont moins l’occasion de se plaindre aujourd’hui car l’évêque actuel, Mgr James, remercie tout le temps ! MAIS …

Citez-moi une fois où Jésus remercie ses apôtres ! … j’attends … vous séchez ?

Il ne leur dit jamais merci. Certains diront, et il n’ont peut-être pas tort, que c’est tellement évident que les évangélistes n’ont pas besoin d’en parler. Soit !

Mais on sait quand même que Jésus se fait du souci pour eux. Dans l’évangile de Marc il leur dit au retour d’une mission : « Venez à l’écart et reposez-vous un peu ». Mais ça ne dure pas longtemps.

Sur cette histoire du remerciement pour le travail accompli, ou pas, je crois que nous avons la réponse dans la parabole des ouvriers de la 11° heure qui sont payés comme les autres qui travaillent depuis la première heure. Pourquoi ? parce que travailler à la vigne du Seigneur, c’est une grâce ! On ne marchande pas cela avec Dieu. Nous sommes payés par la joie de l’évangile si nous avons les mains ouvertes pour l’accueillir, des mains marquées par le travail comme celle des vendangeurs quand ils les ouvrent pour recevoir le Pain Eucharistique, de belles mains ! C’est à nous de dire merci au Seigneur et pas l’inverse !

Par ailleurs, si Jésus ne remercie pas ses apôtres il prie pour eux et tout particulièrement à Gethsémani, au moment ultime. C’est le chapitre 17 de St Jean. Il prie pour eux, voilà, aussi, le remerciement.

Alors on fait quoi de cela. Parce que ce n’est pas « Et Dieu dans tout ça ? » qu’il faut dire mais « et nous, dans tout ça ? » Nous sommes aussi de simples serviteurs ? Des serviteurs inutiles ? Quelconques ?

D’une certaine manière, oui. D’une certaine manière parce que si nous n’étions pas venus ce matin, il n’y aurait pas eu la messe. Si nous ne faisons pas notre travail dans la semaine, il manquera peut-être quelque chose au monde. Mais, en même temps, il est bon que nous prenions conscience qu’il ne faut pas que nous nous accrochions aux missions que nous nous sommes parfois donnés à nous-mêmes, croyant que sans nous les autres seraient perdus, nos enfants « n’y arriveraient pas sans nous». Nous nous pensons parfois indispensables, nous voulons nous persuader que sans nous le Seigneur lui-même n’y arriverait pas.

J’ai connu une sacristine qui à l’accueil d’un nouveau curé lui a dit : « Vous êtes le 12° curé que je vais aider » Sous-entendu : si je n’étais pas là, la paroisse serait probablement morte ! Quand le curé en question m’a raconté ça je lui ai dit : Tu aurais pu répondre : « Le 12° ? et sans doute le dernier ! » ce qui pouvait vouloir dire, en y mettant beaucoup de bonne volonté : le dernier curé de cette paroisse qui un jour vivra autrement. Ou bien (et, je l’avoue, c’est ce à quoi je pensais : « Je ferai vos funérailles ». C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à cette dame qui avait aussi fait de grandes choses pour le service du pays où elle vivait. Que Dieu ait son âme et la mienne plus tard (elle avait 99 ans ! et la paroisse a survécu)

Mais revenons à la conclusion du récit évangélique :

Simples serviteurs, réjouissons-nous de ne pas être indispensables. Réjouissons-nous de ce que font les autres, même et surtout s’ils ne font pas comme nous tout en faisant mieux que nous, et allons faire autre chose ! N’occupons pas les places comme si nous mettions à croire que l’Esprit Saint a perdu le mode d’emploi et ne sait plus appeler, et rendons grâces à Dieu d’être appelés … à être des serviteurs inutiles. Dans les mouvements d’Église que je connais, les plus efficaces dans le renouvellement des responsables sont les Scouts et Guides de France (et d’autres sans doute). Les responsables de groupes changent obligatoirement tous les 3 ans, même s’il n’y a personne à l’horizon.

Pareil dans les Équipe Notre Dame. Personne à l’horizon ? Mais Dieu, il voit derrière l’horizon ! Et ces mouvements marchent bien !

Je conclus : par une citation de Hevenesi, jésuite hongrois du XVII siècle :

Telle est la première règle de ceux qui agissent : crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout par Dieu seul.

En simplifiant : Agis, mais rappelle-toi que tout dépend de Dieu.

A cet enfant que nous allons baptiser, je dis : Léon, écoute les appels du Seigneur, rends lui grâce pour la vie qu’il te donne à travers celle de tes parents et, même si à cause de ton âge, tu es un peu derrière la ligne d’horizon, nous savons, nous croyons que tu as et tu auras ta place dans l’Église. La place que tu auras demain dans l’Église n’est pas la même que celle que tu as maintenant mais aujourd’hui, comme demain, je sais, je crois qu’à chaque instant de ta vie Dieu t’appellera pour que tu aies une place pour contribuer à la gloire de Dieu et au salut du monde. Ça encore, c’est un coup des Jésuites !

Père Gérard Faure, curé du secteur

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