Prenez et mangez ! Prenez et buvez !

Homélie de Jeudi Saint 2021

« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ».

Curieusement, St Paul ne parle pas tant de présence que d’absence : l’Eucharistie est ce ‘quelque chose’ qui nous fait tenir dans l’attente de la rencontre définitive avec le Seigneur. Le Seigneur n’est plus là, visiblement présent, il a disparu aux yeux des apôtres le jour de l’Ascension. Mais il nous donne ce signe, ce sacrement, qui nous assure qu’il est présent autrement, d’une autre manière, en attendant de le rencontrer … ‘en présenciel’, si j’ose dire !

L’Eucharistie est en soi l’expérience d’un manque.

Il y a un an, nous étions en plein confinement, et en plein désarroi. Pas de messe du dimanche, pas de Rameaux, pas de jeudi-saint, pas de vendredi saint, pas de fête de Pâques… Étant prêtre, tout seul j’ai célébré la messe du jeudi saint, et celle de Pâques, mais cette fois relié par téléphone, par la vibration de la voix, à beaucoup d’entre vous.

Et il y eut beaucoup de commentaires de toute sorte au sujet de cette privation de messe. Les uns allant jusqu’au Conseil d’Etat pour réclamer l’exercice de la liberté religieuse, les autres expliquant sous mille formes que la messe n’était pas le tout de la vie chrétienne, qu’il y avait aussi à prier, à écouter la Parole de Dieu, et à servir son prochain.

Mais le manque de messe aurait pu aussi nous aider à réfléchir sur cela : que la messe elle-même est un manque : C’est le Christ qui nous manque, c’est Jésus qui nous manque ! La messe se vit dans l’attente du retour du Christ : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue, dans la gloire ! » L’attente du Christ est une note majeure de la spiritualité chrétienne. Les textes du NT en sont fortement imprégnés. Pourquoi les églises sont-elles habituellement ‘orientées vers l’est’ (ou tout simplement ‘orientées’) ? – parce que c’est le côté où le soleil se lève, symbole du Christ qui ressuscite, en un jour qui ne finira pas.

Au point de départ, Pâque signifie ‘passage’. Les textes de cette messe évoquent ce ‘passage’ du Seigneur :

• dans le livre de l’Exode, au cours de ce premier repas de la Pâque, en Egypte, Dieu dit : « je traverserai le pays d’Egypte cette nuit là… je passerai, vous ne serez pas atteints par le fléau… »

• et Saint Jean : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père… »

Dieu passe au milieu de son peuple, Jésus passe sur la terre d’Israël, puis il passe de ce monde à son Père, et nous aussi nous vivons de nombreux passages, jusqu’au dernier, qui nous conduira dans la maison du Père. L’Eucharistie est le pain de la route, le pain des voyageurs, des marcheurs, qui permet de tenir bon en attendant la rencontre ultime, quand nous verrons Jésus face à face, quand nous le connaîtrons enfin, comme nous sommes connus de lui.

En attendant, il nous reste à aimer jusqu’au bout, et à servir nos frères, comme Jésus.

Père Didier Monget, curé

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