Puisse Dieu convertir nos cœurs de pierre en cœurs de chair !

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Homélie du 5ème dimanche de Carême C

Dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est la rencontre entre deux lois vivantes qui est évoquée. D’un côté, il y a la loi de Moïse et de l’autre côté, il y a la nouvelle loi en Jésus-Christ.pleurs.jpg

La loi de l’ancienne alliance était pleine de prescriptions et de petits détails qui comptaient et qui réglaient les problèmes de la vie sociale et religieuse comme le cas d’adultère évoqué aujourd’hui. Dans ce cas précis d’adultère, le Deutéronome note que les deux coupables, l’homme et la femme, doivent être lapidés hors de la ville, sur le témoignage d’au moins deux témoins, qui seront les « premiers » à jeter la pierre (Dt 17,7). On était intransigeant devant le péché : c’est une loi sans pitié dépourvue de miséricorde. Quand on voit que jusqu’à nos jours, on continue de lapider, d’égorger, de brûler, de fusiller au nom de Dieu, c’est hallucinant ! Quelle cause défend-on ? Quel Dieu servons-nous ? Quel Dieu va nous sauver ?

Dans l’évangile, Jésus est sollicité d’être un nouveau Moïse. « Moïse nous a ordonné... Et toi, que dis-tu ? » Les scribes et les pharisiens amènent à Jésus une femme surprise en situation d’adultère. Mais contrairement à la prescription du Deutéronome, ils ne se préoccupent pas du cas de l’homme adultère. Il est intéressant de noter que dans ce passage Jésus fait aussi entorse à cette prescription de la loi qui demande surtout aux témoins d’être les premiers à jeter la pierre. Jésus demande à tous, surtout à celui des accusateurs qui serait « sans péché » de jeter la première. Il laisse le temps à chacun de scruter sa propre vie car comme le dit un proverbe de chez moi, « l’homme vaut 9, il n’atteint jamais 10 (symbole de la perfection) ». En effet il baissa ensuite sa tête et se mit à écrire sur le sol. Qu’écrivait-il ? Personne n’en sait rien. On note seulement que les gens honnêtes, les observateurs les plus scrupuleux des dix commandements de Moïse, se découvrent soudainement pécheurs, non plus au regard d’une morale, mais devant le Dieu vivant révélé par ce nouveau Moïse. Ainsi, sollicité d’être un nouveau Moïse, Jésus accepte d’écrire sur le sol de nouvelles Tables de la Loi, sur lesquelles ne figure qu’un seul commandement : tu aimeras comme Dieu t’aime. Le doigt de Jésus renvoie au doigt de Dieu qui écrivit sa Loi sur des tables de pierre (Ex 31,18). De cette façon, le comportement de Jésus semble indiquer que, même si Moïse avait ordonné de « lapider une femme comme celle-là », l’unique auteur de la Loi est Dieu lui-même et, avant de juger la femme, c’est à ce Dieu qu’il faut d’abord se référer, lui qui est « miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté et en fidélité » (Ex 34,6). Les hommes ne sont en effet que des gardiens de la Loi ; c’est la miséricorde de Dieu qui est son véritable auteur. Et Jésus nous demande de ne pas juger car nous sommes tous des hypocrites : « Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère » (Mt 7,15). Il ne s’est trouvé personne pour condamner la femme et pour l’instant Jésus qu’on voulait accuser injustement est « laissé seul » et en paix, après le départ silencieux des accusateurs. On notera au passage que ce sont les plus âgés qui se retirent les premiers. Se considèrent-ils plus pêcheurs ou ont-ils réfléchi plus que les jeunes à ce que vient de dire Jésus ? On ne le saura jamais. Mais ce n’est pas sans raison que l’évangéliste a souligné ce détail. Mais passons !

joie.jpgAinsi, personne ne peut jeter la pierre sur l’autre car nous sommes tous pécheurs et nous vivons grâce et par la miséricorde de Dieu. Ce n’est pas la conformité à la loi ou la bonne conscience qui nous rend justes mais la pratique de l’amour. En Jésus, nous avons reconnu que ce que nous faisons de bien ou de mal au prochain, c’est au Christ que nous le faisons. Pensons aux critères du jugement dernier où Jésus dit : « j’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais étranger, j’étais en prison, j’étais malade... ». Nous serons d’abord jugés sur notre comportement vis à vis de nos frères, surtout ceux qui nous semblent les plus lointains, « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » …

Saint Paul était un grand adepte et farouche défenseur de la Loi de Moïse, quand il a été illuminé par la lumière de Jésus, il clame haut et fort toute la richesse qu’il rencontre dans le Christ Jésus. Il se remet en cause pour s’émerveiller devant cette grâce de l’avoir connu. Il découvre le Christ et considère tout son passé, sa richesse comme balayure devant la grandeur et la puissance du Christ. Perfectible, il veut devenir semblable au Christ Jésus « avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts ». Comme Paul, nous pouvons et nous devons être fiers dans le Christ. Jésus a vécu dans le monde, il connaît tout de nous et il se refuse à enfermer les hommes dans leur péché ; il croit possible la conversion de chacun de nous. Pour les pécheurs comme la femme adultère, il est si bouleversant et si surprenant de se savoir si aimés et pardonnés malgré leur misère qu’une vie s’ouvre devant eux : « va et désormais, ne pèche plus ». Quelle que soit notre faiblesse, quelles que soient nos fautes passées, nous pouvons aller avec confiance vers l’avenir. Quels que soient les torts de nos frères, nous pouvons aller vers eux les mains tendues. Puisse Dieu convertir nos cœurs de pierre en cœurs de chair pour notre salut et la gloire de Dieu. Amen

Père Gaston Yerbanga

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