Qu'arrive-il à Élie et à Pierre ?

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Homélie du 19ème dimanche du Temps Ordinaire A - 13 août 2023

Qu’arrive-t-il à Élie le prophète ?

Il a vaincu, dans un concours ahurissant, tous les faux prophètes. On lit cela dans le 1° livre des Rois, chapitres 17 à 19. C’est une épopée, ça se lit comme un roman ou mieux, comme une histoire qui peut dire quelque chose qui nous concerne. Bref : par zèle pour Dieu, pour son Dieu, il défie les faux prophètes, les combat, les bat à plate couture sans attendre les tirs au but et, sitôt après, il disjoncte. Comme un burn-out ! Il part de Damas (Il faut dire que la reine Jézabel, une belle garce, lui en veut à mort). Il marche une journée vers le sud et dans le désert se couche à même le sol, disant à Dieu :

« Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Un burn-out.

Deux fois l’ange du Seigneur met à coté de lui du pain et une cruche d’eau et réveille Élie en lui disant : « Lève-toi, et mange ! » à la seconde fois Élie finit par se lever et à marcher 40 jour (40 !) jusqu’à l’Horeb, autre nom du Sinaï.

Qu’arrive-t-il à Pierre ?

Au chapitre 13 de l’évangile selon St Matthieu Jésus parle en parabole, en particulier la parabole du semeur, et dit à ceux qui l’écoutent qu’ils entendent sans comprendre et d’autres amabilités qui ont dû agacer quelque peu certains auditeurs. Il est amené à expliquer à ses apôtres, toujours un peu lourds, ce que veut dire sa parabole … ! Puis, dans son propre village, sa prédication patine un peu, du genre : qui est-il pour se permettre de nous parler ainsi ? Mais sans transition, chapitre 14, on apprend comment Hérode a tranché la tête de Jean-Baptiste. La situation n’est quand même pas merveilleuse là aussi. « Quand Jésus apprit cela, nous dit le texte, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart ». On a comme l’impression que Jésus a besoin de prendre un peu de recul. Il a besoin de faire un peu de relecture comme disent les jésuites aujourd’hui, mais rappelons-nous que Jésus était jésuite avant Saint Ignace. Revenons à notre désert : « Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. » Pas moyen d’être tranquille un instant. La mission l’emporte tout de suite sur tout autre considération. Le texte dit Chapitre 14 verset 14 « En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades ». Jésus ne fait pas un burn-out, il se recentre sur sa mission : aimer. Aimer et nourrir, de l’eau et du pain : c’est la multiplication des pains. Aussitôt [après] Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. Enfin seul !

Il va y arriver, enfin ! Il va arriver à se retrouver avec son père. Mais ce n’est pas pour autant qu’il va délaisser ses disciples. Et c’est le récit évangélique d’aujourd’hui. Je vous ai fait faire ce petit détour parce que la fête de la transfiguration dimanche dernier nous avait fait perdre le fil du récit évangélique. C’est un récit. Il a une cohérence littéraire qu’il faut souvent rechercher pour entendre ce que Matthieu veut nous dire de son expérience de vie avec Jésus.

Comme Élie, Pierre subit la tempête et a du mal à croire que Jésus est là, dans la tempête : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Et Pierre défie Jésus, on vient de l’entendre.

Et nous sommes comme eux. Devant les difficultés de la vie, nous avons parfois envie de nous coucher. On n’en a pas pour autant perdu la foi. Élie continue à parler à Dieu, c’est à Dieu qu’il dit prend ma vie ! Il a simplement perdu la foi en lui, Élie. « Je ne suis pas meilleur que mes pères » Je voudrais tant être meilleur. Mais comme je compte sur moi et que ça ne marche pas, j’ai envie de me coucher. Pierre voudrait tant être meilleur ! mais comme il compte sur lui, ses pieds s’enfoncent dans la mer et c’est alors qu’il se rappelle que le Seigneur est bien là dans la tourmente et qu’il peut lui crier : « Seigneur, Sauve-moi ! »

Nous aimerions tant marcher sur des eaux calmes ! Nous aimerions tant dormir tranquille ! mais avec Jésus il nous faut revenir dans le désert pour combattre ! Qu’entendra Élie à l’Horeb, après qu’il se soit plaint d’être le dernier croyant fidèle : « retourne à Damas », et voilà le programme, et ce n’est pas un petit programme (Au moins, il savait ce qu’il lui restait à faire ! Et le Seigneur ajoute qu’il garde 7000 fidèles ! Sept mille ! la perfection multipliée par mille. Élie avait dit : je suis le dernier des fidèles !

Souvent, parfois, dans nos vies ça ne marche pas comme nous le voudrions. Mais être baptisé, ce n’est pas se mettre sous la protection du Seigneur, c’est simplement, si j’ose dire, vouloir vivre avec lui. Venir à la messe, ce n’est pas dire au Seigneur d’effectuer le travail à notre place. C’est entendre : lève-toi, mange et bois ! C’est entendre : je suis avec toi. Certes, il se peut que beaucoup d’entre-nous trouvent que la charge est lourde, qu’on a passé l’âge, mais le Seigneur connaît notre humanité, il est homme. Il a été fatigué au puits de sychar où il rencontre la Samaritaine. Il est tombé sous le poids de sa charge en montant au calvaire, il sait ce que c’est que d’avoir besoin des autres, besoin de fraternité, de réconfort, d’idées, de force. Il sait ce que c’est que de perdre un ami, un cousin, des personnes sur qui il comptait. Il partage ainsi tout ce qui nous arrive.

Reposez-vous un peu dit Jésus à ses apôtres dans l’évangile selon St Marc.

Au cœur de l’été, reposons-nous un peu si nous le pouvons. Pas pour fuir le combat, mais pour prendre des forces afin de ne pas déserter la vie du monde et de l’Église dans le monde. Et au cœur des tourmentes, pensons à Élie, à Pierre, à ceux qui ont tourné leurs oreilles et leur regard vers Jésus qui est là ! Il vient là, nous le célébrons.

Père Gérard Faure, Curé

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