Quatre heures, comme les quatre semaines de l’Avent...

Plus haut, oui. Regardez les montagnes, ce reste de glacier à l’ouest, cette brèche sur la droite du cirque que l’altitude que nous venons d’atteindre nous permet de voir. Autant d’encouragements pour attaquer la deuxième heure.

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Homélie du premier dimanche de l'Avent 2022

Le jour pointait à peine. C’est vrai que le chemin envisagé pouvait être un peu long. Je pensais que, si nous marchions régulièrement, nous pourrions atteindre le sommet en quatre heures. Quatre heures ardues !

Depuis la route qui nous conduisait au départ de la marche nous avions déjà pu voir cette cime qui se détache de la crête, juste un peu au nord-est du cirque formé par la montagne, arc de cercle qui culmine à plus de 3000 mètres. Même si le sommet que nous cherchions à atteindre est légèrement moins haut, nous savions, du moins je savais et j’espérais que mes compagnons me faisaient confiance, je savais que cette marche, cette ascension est par moment une vraie bavante, un chemin où l’on transpire, sur lequel quelquefois on se décourage. Y étant déjà allé, je savais même, à peu de choses près, à quel moment le groupe qui me suivait se mettrait à rouspéter, récriminer comme les hébreux dans le désert derrière Moïse. Les comparaisons peuvent être nombreuses et, sans se prendre pour Moïse le pasteur sait que Moïse a été pasteur avant lui.

Quatre heures, comme les quatre semaines de l’Avent.

La première paraît un peu facile. Le chemin s’avance vers le fond du cirque et, rapidement se met à nous faire prendre de l’altitude. Nous sommes encore à l’ombre, nous marchons facilement en faisant une série de zigzag qui nous permettent de prendre de l’altitude. La montagne dévoile progressivement sa beauté. On ne voit pas le sommet que nous avons l’intention d’atteindre. Première heure comme la première semaine de l’avent. C’est curieux, en prémices de l’avent l’Église nous fait entendre des textes sur la fin des temps et le premier dimanche nous entendons qu’il faut se tenir prêt, se préparer au dévoilement de la beauté de l’appel de notre Dieu qui se montre à voir et à entendre ; nous nous préparons à la révélation de son incarnation, Noël, à la fin de notre vie sur terre, à la fin des temps et de l’histoire. Nous sommes appelés à regarder devant, regarder plus haut, "ultreïa y suseïa" disaient autrefois les pèlerins de Santiago. Plus loin et plus haut.

Plus haut, oui. Regardez les montagnes, ce reste de glacier à l’ouest, cette brèche sur la droite du cirque que l’altitude que nous venons d’atteindre nous permet de voir. Autant d’encouragements pour attaquer la deuxième heure.

Le rythme est pris, pas de grosse difficulté hormis de mettre un pied devant l’autre et de marcher sans jamais se lasser. Jean-Baptiste nous mettra quelques coups de pied au derrière si nous musardons trop, si nous nous considérons simplement en promenade, pour un plaisir sans effort. Oui, la préparation de Noël doit nous secouer, nous sortir de notre religion de confort, Jean-Baptiste le précurseur nous y aidera dès dimanche prochain.

Troisième heure, troisième semaine. Quand est-ce qu’on arrive diraient des enfants à l’arrière d’une voiture. C’est encore loin ? disent les compagnons de route ?

• Tu vois bien le sommet maintenant ? On passe par le col et on suit la crête. C’est tout simple. Et au bout c’est Noël !

• Oui, mais qu’est ce qui nous dit que nous n’allons pas être pris dans un orage ? Qu’est-ce qui nous dit que ça vaut vraiment le coup de se tordre les pieds ? Qu’est-ce qui nous dit qu’on ferait mieux de commencer à redescendre ?

• Ceux qui sont déjà venus là. Ceux qui ont déjà fait cette expérience. Alors mange, bois, repose-toi. Pour préparer Noël nourris-toi de la Parole de Dieu, laisse-toi toucher par elle et arrête de râler, fais confiance ! Comme Joseph a fait confiance. Tu crois que c’était facile son histoire ?

Une histoire à dormir debout, c’est peut-être d’ailleurs pour ça que le Seigneur lui parle en songe ! Avance, et laisse-toi illuminer pendant cette quatrième et dernière heure par la beauté de la montagne : partout où tu regardes, c’est beau. Le paysage est pourtant dur, les rochers peuvent paraître menaçants mais, bon sang, que c’est beau !

Et Noël, c’est dur et c’est beau. Ils sont dur ces rochers qu’il a fallu recouvrir de paille pour que l’enfant n’aie pas mal et n’aie pas froid. Ils sont sur le dur les parents de Jésus comme aujourd’hui d’autres gens qui ne trouvent pas de place en ce monde et qui comptent sur nous parce qu’ils ont tout perdu en fuyant leur condition de vie impossible dans leur pays ; parce qu’ils sont en guerre, parce qu’ils manquent du nécessaire, parce que leur famille va mal, parce qu’ils ont peur de l’avenir. Chacun dans ce monde a ses défis, ses épreuves et ses peurs. En même temps, l’avenir, c’est beau !

Noël c’est beau … mais c’est tragique. Tragique, mais beau parce que, comme le paysage, Dieu se révèle à nous dans notre condition humaine qui est tragique, tragique mais pleine d’espérance.

Frères et sœurs, ne bêtifiez pas en marchant vers Noël, modérez les mièvreries qui nous éloignent de la réalité des choses, de la réalité des personnes, de la réalité des situations et même de la réalité de Dieu fait homme, Dieu entrant dans l’humus, l’homme !

Nourrissons-nous de la beauté pour avancer à la rencontre et vivons les démarches de notre Église diocésaine qui veut renouveler sa force missionnaire comme un avent pour un à venir renouvelé, comme une course en montagne pour un paysage réel et enchanteur, comme une vie qui, même dans le tragique et surtout là cherche la vie en combattant dans l’Espérance.

Et pour cette marche, pour la force du combat, mangeons et buvons ce que Dieu nous donne dans l’Eucharistie.

Père Gérard Faure, curé

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici



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