Que devons-nous faire ?

"Dans notre nature humaine possessive nous aimerions avoir la joie en nous mais nous oublions trop souvent que la joie ne nous appartient pas."

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Homélie de troisième dimanche de l'Avent 2021

Lundi soir dernier le secteur nouvellement crée c’est rassemblé à Notre Dame des Anges pour échanger autour du rapport de la Commission Indépendante sur la Abus Sexuels dans l’Eglise (rapport Sauvé ou rapport CIASE). Plusieurs rencontres ont déjà eu lieu dans le diocèse : à Langon, Notre Dame de Bordeaux, Notre Dame de Talence et tout dernièrement hier à la maison saint Louis Beaulieu lors de l’assemblée diaconale. Chacune de ces rencontres avait sa spécificité : petits groupes de partage, échange avec juristes et psychologue clinicien, expert en droit canonique, membres de la cellule d’écoute de notre diocèse. Colère, bouleversement, témoignage d’une réalité vécu par certain paroissien que nous côtoyons les dimanches à la messe dévoilant de jour en jour l’ampleur des dégâts, sentiment « d’humiliation » pour reprendre les mots de notre évêque qui lui, a choisi de donner toute sa vie pour un Christ qui n’est qu’Amour. Lors de ces rencontres la question qui revenait le plus souvent était :

« Que devons-nous faire ? ».

Or voilà qu’aujourd’hui, dimanche de la joie, nous entendons dans l’évangile de saint Luc :

« Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandait : « Que devons-nous faire ? »

Vous avez remarqué ? les foules ne disent pas « que devons-nous penser ? » Non, elles sont en attente d’un acte concret à mettre en pratique. La réponse de Jean n’a rien d’une grande démonstration théologique : à une question pratico-pratique, réponse pratico-pratique : PARTAGEZ ! : en vue de quoi ? De soigner la vie charnelle, prendre soin du corps de tous et de chacun : manger et se vêtir. Voilà une réponse on ne peut plus pratique ; que chacun ait de quoi manger et de quoi se vêtir. Oui la foi, l’espérance, la charité se partagent en prenant soin du corps de son prochain.

« Que devons-nous faire ? …»

Demandent les publicains, collecteurs d’impôts : « n’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé ! » répond Jean : les questions d’argent nous renvoi toujours à notre honnêteté vis-à-vis de notre conscience. Vous avez certainement remarqué que dans toutes institutions organisées avec une hiérarchique l’encadrement intermédiaire demande souvent plus pour obtenir un peu de ses subordonnés ; en famille cela nous arrive aussi pour obtenir quelque chose de nos enfants : mais voilà lorsque le stratagème est démasqué toute autorité s’effondre : toute crédibilité s’évapore. L’urgent se transforme en très urgent puis en TTU et perd tout son sens lorsque l’on découvre qu’il fallait simplement réaliser une tâche nécessaire pour la mise en œuvre d’un bien commun. Oui la foi, l’espérance, la charité s’expriment à travers une honnêteté de conscience.

« Que devons-nous faire ? …»

Demandent les soldats : « ne faites violence à personne ». Rester dans votre rôle, travaillez pour la paix. Oui la foi, l’espérance la charité, nécessite le pouvoir de la vie pour rayonner.

Vous aurez remarqué que Jean n’invite personne à quitter son métier mais là où l’on est nous sommes invités à transformer notre cœur ; transformer nos cœurs pour accueillir la JOIE du Seigneur !

Pourquoi est-il nécessaire de transformer son cœur pour entrer dans cette JOIE ?

Dans notre nature humaine possessive nous aimerions avoir la joie en nous mais nous oublions trop souvent que la joie ne nous appartient pas. Nous nous faisons une fausse idée de la joie de l’Évangile : Sophonie nous le rappelle : « le Seigneur ton dieu est en toi (…) il aura en toi sa joie (…) il te renouvellera par son Amour ». Deux remarques : le TOI dont il question ici est un toi communautaire, un toi fraternelle, c’est le peuple d’Israël : c’est la Joie du Seigneur qui irradie la communauté et non pas la joie individuelle des uns et des autres. St Paul nous confirme cette vérité : « Soyez dans la joie du Seigneur !» c’est à nous d’entrer dans SA Joie. Et pour reprendre une expression du pape François « c’est un cœur empli de Dieu qui est un cœur heureux et qui irradie et communique la joie de Dieu à tous ceux qui l’entourent. »

La parole de Dieu ne nous éclaire-t-elle pas aujourd’hui dans ce que nous vivons ici et maintenant en église ? Nous serions nous éloigné de Dieu en recherchant notre propre joie, en créant une grande confusion entre joie et satisfaction personnelle ?

Permettez-moi de vous partager quelques pistes de réflexion pour revenir au rapport de la CIASE évoqué en introduction :

« Que devons-nous faire ? …»

… demandent les évêques de France au noms des pasteurs de l’Église…Nos évêques ont déjà apporté une première réponse avec une vingtaine de mesures pratiques. (Disponible sur le site de la conférence des évêques de France).

« Que devons-nous faire ? …»

… demandons-nous…nous parents, nous acteurs dans la société à quelque titre que ce soit. Evitons de tomber dans un premier écueil : celui qui consisterait à séparer l’abus sexuel de l’abus de conscience et de l’abus de pouvoir : les trois sont profondément et intiment lier ? Pour nous chrétiens le corps, l’esprit et la vie ne font qu’un ! les textes d’aujourd’hui n’annoncent pas autre chose. A travers notre responsabilité d’éducateur, de parents nous devons bâtir l’unité du corps, de l’esprit et de la vie dans le ciment de l’Amour de Dieu, un Dieu qui s’est fait chair, notre chair, c’est là notre plus grande JOIE.

« Que devons-nous faire ? … »

… nous paroissiens de sainte Eulalie, saint Victor, saint Nicolas, Sainte Geneviève. Nous mettre en marche pour marcher ensemble, côte à côte en Église ! Un chrétien n’est pas solitaire. Un chrétien n’est pas statique. C’est là la magnifique occasion qu’il nous faut saisir : c’est là notre horizon d’espérance : entrer dans la démarche universelle du Synode lancé tout récemment par le pape François !

Alors maintenant je pose la question à nos quatre communautés : comment allez-vous avec nos nouveaux Pasteurs, l’abbé Gérard Faure et ses prêtres coopérateurs, l’abbé Eloi et l’abbé Gaston vous organiser en Église, pour recevoir cette blessure mortelle qui nous affecte tous, pour marcher ensemble vers Celui qui guéri, Celui qui soigne, Celui qui renouvelle les cœurs, Celui qui Sauve, celui dont on va célébrer la naissance, Celui qui nous irradie de sa JOIE ?

Demandons dans cette eucharistie à entrer dans la joie de l’action de grâce afin que marchant vers la lumière de noël, l’Esprit Saint nous aide à répondre à la question :

« Seigneur, que devons-nous faire ?... »

Jean-Marie Perrier, diacre

Pour télécharger l'homélie, cliquer ici

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