Tout homme verra le Salut de Dieu

C’est bien Dieu qui agit, c’est bien lui qui nous transforme, mais à une seule condition, l’accueillir, accueillir sa parole. C’est tout le sens de ce temps de l’Avent qui nous prépare à nouveau à entendre cette puissante parole qui jaillit d’un petit enfant. Alors oui, il faut bien tendre l’oreille pour la percevoir, oui nos occupations quotidiennes peuvent parfois l’étouffer. Mais s’il nous faut faire un petit pas de côté pour l’entendre, c’est pour nous laisser transformés dans ce quotidien, pour sentir que Dieu est là, à nos côtés, sur nos chemins, qu’il n’est pas au bout du chemin, mais qu’il est le chemin.

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Homélie du deuxième dimanche de l'Avent 05 décembre 2021

Sans jouer les révolutionnaires en herbe, est-il permis de s’interroger sur la pertinence de la prière d’ouverture (ou collecte) au regard des lectures qui nous sont proposées en ce deuxième dimanche de l’Avent ? Réécoutons-la avec peut-être plus d’attention : « Dieu de puissance et de miséricorde, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver la marche de ceux qui se hâtent à la rencontre de ton Fils ; mais forme-nous à la sagesse d’en haut, qui nous fait entrer en communion avec lui. » De façon caricaturale, cette prière pourrait être comprise comme un appel à fuir le monde, nous écarter de notre quotidien pour mieux accueillir la sagesse divine. S’il est effectivement question de désert et d’une voix qui crie dans cet Évangile, le point de départ reste une situation humaine très précise, dans laquelle la Parole fait irruption.

Si les plus attentifs parmi nous dans cette assemblée avaient retenu les paroles de la prière d’ouverture que nous venons de rappeler, qui peut honnêtement redire tous les personnages et les lieux cités dans ce court passage d’Évangile ? Par ordre d’apparition comme dans un long générique, l’empereur Tibère, le gouverneur Ponce Pilate, le roi Hérode, son frère Philippe, les grands prêtres Hanne et Caïphe sont mentionnés avant Jean et son père Zacharie. Quant aux lieux mentionnés, certains nous sont familiers (la Judée ou la Galilée) d’autres le sont peut-être moins pour les moins érudits dont fait partie votre serviteur qui avait bien du mal à les prononcer : Traconitide, Lysanias. En quoi cette liste de personnages et de lieux participe-t-elle à l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Et bien justement parce que ces précisions nous montrent que Dieu n’est pas absent de notre histoire et de nos lieux de vie. Comme pour Jean, Dieu nous rejoint aujourd’hui et là où nous sommes, dans le quotidien de nos vies. Il ne nous appelle pas à partir au désert pour le rencontrer, il ne nous demande pas de quitter ceux qui nous entourent pour l’entendre, car il ne s’agit pas de le chercher « ailleurs » mais de l’accueillir là et maintenant.

C’est bien ce que Luc indique dans le troisième chapitre de cet Evangile. Il a déjà été question de Jean le Baptiste dans des chapitres précédents, mais l’évangéliste mentionne tous ces personnages historiques et ces lieux précis au moment où la Parole fait irruption dans la vie de Jean. Et lorsqu’il se fait à son tour le porte-voix de la Parole qu’il a reçue, il est, comme dans l’oracle d’Isaïe, la voix qui crie dans le désert. Et cette fois, ce désert est moins une indication géographique qu’une image aux multiples sens. Dans de nombreux passages de la Bible, le désert est le lieu de la rencontre avec Dieu. C’est lors de la traversée du désert que Moïse reçoit les tables de la Loi. Cette lecture fait écho à la prière d’ouverture rappelée tout à l’heure et est une invitation à prendre un peu de recul, de temps, pour se remettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Ce temps de l’Avent nous est offert aussi pour cela et nous avons sur la paroisse quelques propositions allant dans ce sens comme la prière devant l’icône de st Joseph ou la veillée du dimanche soir dans l’église autour de la crèche. Mais une lecture plus négative du désert peut consister à penser que cette voix crie comme dans un désert parce qu’elle n’est pas reçue, accueillie.

Cette parole ne peut être féconde que si nous nous laissons transformer par elle et qu’elle nous rend agissant. « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Mais justement, pour l’accueillir, pour se convertir et agir, nul besoin de fuir. C’est là où nous sommes que Dieu nous rejoint pour faire de nous, comme Jean-Baptiste, des porte-voix. Pour préparer le chemin du Seigneur, nul besoin d’être terrassier mais commençons par reconnaître la puissance agissante et transformante de cette Parole. Et une bonne façon de le faire est peut-être de commencer par veiller à notre propre façon de parler. Dans la lettre de st Paul aux Ephésiens (pardon pour cette citation qui n’est pas proposée dans les lectures de ce jour) il est dit « Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, dites une parole bonne et constructive, bienveillante pour ceux qui vous écoutent ». Nous savons bien, dans notre vie de tous les jours et en particulier avec les enfants d’ailleurs, combien une parole peut détruire ou au contraire faire grandir. Si nos pauvres mots ont une telle puissance, combien plus forte encore est la Parole de Dieu !

D’ailleurs, avez-vous observé comment s’achève ce passage d’Évangile ? Après l’invitation à préparer le chemin du Seigneur, à rendre droit ses sentiers, donc à prendre notre petite part du labeur, avez-vous observé ce qui se produit ? « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ». Même en nous y mettant tous, ce ne sont pas nos petits bras musclés qui permettent une telle transformation géographique. C’est bien Dieu qui agit, c’est bien lui qui nous transforme, mais à une seule condition, l’accueillir, accueillir sa parole. C’est tout le sens de ce temps de l’Avent qui nous prépare à nouveau à entendre cette puissante parole qui jaillit d’un petit enfant. Alors oui, il faut bien tendre l’oreille pour la percevoir, oui nos occupations quotidiennes peuvent parfois l’étouffer. Mais s’il nous faut faire un petit pas de côté pour l’entendre, c’est pour nous laisser transformés dans ce quotidien, pour sentir que Dieu est là, à nos côtés, sur nos chemins, qu’il n’est pas au bout du chemin, mais qu’il est le chemin.

Seigneur tu es présent d’une façon toute particulière lors l’Eucharistie, mais c’est à chaque instant de notre vie que tu es là, à nos côtés, en nous, pour nous aider à tenir debout et remplir de ta Paix et de ton Amour nos petites tâches quotidiennes.

« Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous, nous étions en grande fête ».

Amen

Renaud Dulin, diacre

Pour télécharger l'homélie, cliquer sur l'image ci-dessous

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