Viens, Esprit Saint !

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Homélie du dimanche 16 mai 2021

Nous sommes au lendemain de l’Ascension et dans cette période où l’Église commémore ce temps de retrait et d’attente que vécurent les apôtres avec Marie, au Cénacle. Nous vivons cette même attente, ce même désir de recevoir et d’accueillir le don de Dieu promis par Jésus à ses disciples, qu’est l’Esprit Saint. Certes, l’Esprit Saint nous a été donné, pleinement donné, mais, il fait parfois partie de ces cadeaux reçus, qu’on peut avoir plus ou moins oublié ou délaissé. Il est un peu comme le souffle de la vie en nous ; nous ne pensons pas à chaque instant que nous sommes en train de respirer, mais, sans ce souffle, il nous est impossible de vivre. L’Esprit Saint est le don discret et vital de Jésus pour ses disciples. C’est Lui qui suscite en nous, l’élan de la Foi, de l’Espérance, de la Charité. C’est Lui qui suscite le désir de la prière, c’est Lui qui suscite en nous tout ce qu’il y a de grand, de vrai, de juste et de beau et c’est Lui qui nous permet de réaliser le bien, le beau, le vrai, de pardonner, de nous risquer au témoignage de la foi ; c’est Lui qui permet que la Parole de Dieu en nous prenne racine et soit féconde en ce monde.

Parfois, nous nous interrogeons ? Comment prier ? Que dire dans notre prière. En ces jours, l’Église nous murmure les mots de la prière : « Viens Esprit Saint, Viens en nos cœurs, Viens, don de Dieu, Viens sur ce monde, Viens Esprit du Père et du Fils, Viens Esprit Créateur, Viens Esprit qui sanctifie tout, viens Esprit Libérateur, viens Esprit de Lumière, viens Consolateur… Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé… Repousse au loin l’Ennemi, Donne-nous la paix qui dure, Fais-nous connaître le Père, révèle-nous le Fils, Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…» ; nous pouvons relire ou reprendre les deux grandes prières à l’Esprit Saint que sont le Veni Sancte Spiritus ou le Veni Creator Spiritus, laisser raisonner en nous telle ou telle mot ou phrase qui nous touchent et demander tel don dont nous avons davantage besoin pour aujourd’hui, pour ces temps que nous vivons, pour vivre en disciples et en amis du Christ, pour demeurer dans son amour. Nous pouvons nous remémorer les 7 dons du St Esprit et les désirer, pour nous, pour l’Eglise, pour le Monde : Sagesse, intelligence, science, conseil, force, piété, crainte.

Durant leur retrait au Cénacle, les apôtres avec Marie n’avaient pas ces mots de la prière que nous avons dans leur formulation aujourd’hui. Ils avaient les paroles des psaumes, un certain nombre de prières et de cantiques de l’Ancien Testament, les prières juives, la prière du Notre Père laissée par Jésus, les paroles de Jésus, ses promesses, ce qu’ils avaient vécu avec Lui. Leur prière et leur attente au Cénacle étaient nourries par toutes ces paroles.

Aujourd’hui, l’Évangile nous rapporte une partie de la prière dite sacerdotale de Jésus, prière qui est placée par St Jean à la fin du discours après la Cène, le jeudi saint au soir, avant l’entrée dans sa Passion. Cette prière peut être lue et reçue comme celle qui inaugure le Mystère Pascal. Elle peut être lue et reçue comme la prière permanente que Jésus ressuscité adresse à son Père, en ce moment-même, et dans laquelle, nous sommes sous son regard, objets de sa bonté et de son intercession. « Père Saint, garde mes disciples unis en ton nom ». Don de l’unité et de la communion, note de l’Église Une en laquelle nous croyons. Jésus prie pour notre unité, pour l’unité de l’Église, pour la communion des disciples : « Qu’ils soient un ». Le concile Vatican II a dit que l’Eglise était « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG 2)

Cette prière de Jésus est d’une grande densité. Le mot qui revient le plus est le verbe « donner ». Non pas un nom, mais, un verbe et quel verbe ! Le verbe qui n’est autre que l’expression de l’amour. L’expression qui revient le plus dans cette prière adressée au Père est « tu m’as donné ». Jésus au soir de sa vie ne cesse d’énumérer ce qu’il n’a cessé de recevoir du Père. Aujourd’hui encore, il ne cesse de se recevoir du Père, de tout recevoir du Père, de nous recevoir du Père. En Jésus, tout est accueil du don du Père. Ce dynamisme puissant au cœur de Jésus n’est autre que l’Esprit Saint, comme une source, qui lui permet de tout accueillir du Père, de tout recevoir du Père, sans aucune volonté de contrôle ou de domination, mais qui en Lui est source de sa plus grande liberté. Souffle de Dieu, de vie, Source à laquelle Jésus s’abreuve, Source par laquelle il est vivifié, éclairé, consolé, conduit, fortifié, gardé dans la communion du Père.

Le don que Jésus fait de lui-même, les paroles qu’il prononce au nom du Père, les actes qu’il pose au nom du Père, tout cela s’enracine dans cette écoute profonde du Père, de son don, de son Esprit d’amour et d’unité. Jésus, dans cette prière livre en quelque sorte son intimité, son secret le plus intérieur. En Lui, tout est d’abord réception du don du Père. En Lui, tout est d’abord disponibilité, attente et écoute du Père. Une confiance totale et un abandon parfait de Jésus en son Père. C’est l’action de l’Esprit Saint à l’œuvre en Lui, en sa prière, en sa vie. Le Cœur de Jésus n’est pas passivité, ni réactivité, mais réceptivité et réponse au don reçu. Quand le cœur est disposé à accueillir et non à prendre ou à vouloir prendre, alors, tout se remplit du don du Père, et parmi les dons du Père, il y a la joie dont Jésus prie le Père, pour que ses disciples « en soient comblés ».

Après avoir dit « Père », puis « Père saint », Jésus achèvera sa prière en nommant son Père, « Père Juste ». Le Père est source de toute Justice, de tout ajustement. L’Église a repris ce vocabulaire de la justification, pour exprimer qu’en Jésus nous sommes sauvés, nous sommes ajustés au projet de Dieu. Et cet ajustement, c’est encore l’Esprit Saint qui le réalise.

Jésus a prié, Jésus continue de prier le Père, il ne cesse de prier le Père. Et nous sommes aussi invités à prier, avec Lui, en Lui. St Augustin a cette belle formule. « Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, qui, à la fois, prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en nous comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en Lui, et ses paroles en nous ». (Commentaire du psaume 85, 1)

Que cette prière de Jésus qui nous porte, qui prie en nous, nous encourage à persévérer dans la prière avec Marie, dans le désir et l’attente de l’accueil de l’Esprit Saint qui transforme, vivifie et sanctifie, discrètement mais, surement, tel le souffle de la vie en nous.

Père Pierre Deprecq

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