D’où vient « LAUDATO SI' » ?

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

1/ La sauvegarde de l’environnement est une question mondiale :

Ce qui se traduit dans les institutions de l’ONU :

- 1948 : « Déclaration universelle des droits de l’homme » (30 articles) :

- à la suite de la 2° guerre mondiale, le souci est de préserver la paix, la justice internationale, les Droits de l’homme ;

- les États communistes qui participent à l’ONU exigent qu’on y inclue aussi la justice sociale (droit au travail, salaire égal, etc… art 22 à 27)

- 1972 : Conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm

Une prise de conscience internationale

En 1972, la Conférence des Nations Unies sur l'environnement qui se tient à Stockholm est la première conférence mondiale qui fait de l’environnement une question majeure. Les participants y adoptent une série de principes pour une gestion écologiquement rationnelle de l'environnement dont la Déclaration de Stockholm, le Plan d’action pour l’environnement ainsi que plusieurs résolutions.

La Déclaration de Stockholm a placé les questions écologiques au rang des préoccupations internationales et a marqué le début d'un dialogue entre pays industrialisés et pays en développement concernant le lien qui existe entre la croissance économique, la pollution de l'indivis mondial (l'air, l'eau, les océans) et le bien-être des peuples dans le monde entier. Elle contient 26 principes.

Le Plan d'action contient, quant à lui, trois grandes catégories : a) Programme mondial d'évaluation de l'environnement (plan vigie) ; b) Activités de gestion de l'environnement ; c) Mesures internationales visant à étayer les activités d'évaluation et de gestion menées aux niveaux national et international. De plus, ces catégories se déclinent en 109 recommandations émises.

Ajoutons encore qu'une des grandes décisions de cette conférence fut la création du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

2/ La sauvegarde de la Création est une question œcuménique :

Le Conseil œcuménique des Églises (COE - fondé en 1948) est une communauté fraternelle d'Églises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Le COE rassemble Églises, dénominations et communautés d'Églises d'une bonne centaine de pays et territoires du monde entier, représentant plus de 500 millions de chrétiens et comprenant la plupart des Églises orthodoxes, un grand nombre d'Églises anglicanes, baptistes, luthériennes, méthodistes et réformées, ainsi que de nombreuses Églises unies et indépendantes. Le COE compte actuellement 350 Églises membres.

L’Église catholique n’en est volontairement pas membre à part entière, mais elle participe à plusieurs de ses instances.

Le COE tient une assemblée mondiale tous les 7 ans :

- en 1983, à Vancouver, au Canada, le thème de la sauvegarde de la Création émerge à la conscience des délégués comme un thème important pour la foi chrétienne.
Il va se développer sans cesse, soit dans les Assemblées mondiales, soit dans des rassemblements européens :

- celui de Bâle (Suisse) en 1989 va marquer un nouveau départ, sur le thème « Justice, paix, sauvegarde de la Création ».
Un des participants allemands, à la fois scientifique et philosophe, y expliquait que « que les trois problématiques de la paix, de la justice et de l’environnement étaient étroitement liées, tant au plan des causes qu’à ceux des effets et des solutions à apporter. De plus, on se trouvait, écrivait-il déjà, à une croisée des chemins où il était possible soit de changer d’orientation, soit de poursuivre dans la même voie.1 »

Les délégués à l’assemblée se déclarent « conscients qu’il faut établir une nouvelle relation de partenaires entre les êtres humains et la nature. Ils veulent œuvrer pour un ordre international de l’environnement ». Ils considèrent comme « vital et urgent de comprendre que les ressources de la terre doivent être partagées avec les générations futures ». En conséquence, ils s’engagent à adopter un nouveau style de vie dans leurs Eglises, leurs sociétés, leurs familles et leurs communautés.2

3/ La sauvegarde de la Création est une question de l’Église Orthodoxe :

En 1989, le Patriarche de Constantinople Dimitrios publie une première encyclique sur la question environnementale et la sauvegarde de la Création. Il institue la date du 1° septembre comme une journée de prière pour la préservation de la Création, chez tous les fidèles orthodoxes.

- en 2007, le rassemblement œcuménique européen de Sibiu (Roumanie) suggère d’étendre cette initiative à un temps de la Création qui se prolongerait jusqu’à une seconde date clé : le 4 octobre, fête de St François d’Assise.3

Élu en 1991, l’actuel Patriarche Bartholomée s’engage résolument sur la même voie. Il multiplie les contacts avec les autres confessions chrétiennes, et aussi les religions non-chrétiennes pour que tous s’unissent dans ce combat. Il proclame inlassablement la primauté des valeurs spirituelles en vue d’une éthique et d’une action environnementales. En 1997, il est reçu solennellement à la Maison Blanche par le vice-président Al Gore, et on lui donne le titre de ‘patriarche vert’.4

Dans son encyclique ‘Laudato Si’, le Pape François cite longuement le Patriarche Bartholomée.

4/ La sauvegarde la Création est une question de l’Église Catholique :

4.1/ À ceux qui s’étonneraient que l’Église se préoccupe de telles questions, comme si elle devait se cantonner aux questions dites ‘purement spirituelles’, il faut rappeler que, bien au contraire, s’engager sur les problèmes de société est une tradition qui remonte aux Pères de l’Église.

À l’époque contemporaine, il faut citer :

- en 1893, l’encyclique Rerum novarum du Pape Léon XIII, qui, face aux problèmes sociaux entraînés par le développement des industries, et devant la montée des mouvements socialistes souvent athées, propose une approche chrétienne de la question sociale.

- en 1963, à une époque de vive tension internationale (guerre froide), l’encyclique Pacem in terris, du Pape Jean XXIII, qui s’adresse - pour la première fois - ‘à tous les hommes de bonne volonté’ pour proposer des voies vers la paix et le respect des droits de l’homme.

- le concile Vatican II (1963-65), notamment « l’Eglise dans le monde de ce temps » (Gaudium et spes).

- le discours du Pape Paul VI à l’ONU (4 oct 1965)

- les innombrables prises de position de Jean-Paul II.

4.2/ Question de vocabulaire :

Environnement ?  Création. Ça change tout ! Parce que le mot création fait immédiatement allusion au Créateur. Pour un chrétien – comme pour un juif – cette affaire concerne donc nos rapports avec Dieu : il nous a confié ce monde, sa création, qu’en faisons-nous ?

Laudato si : 76. Pour la tradition judéo-chrétienne, dire “création”, c’est signifier plus que “nature”, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle.

Lors de la première conférence de l’O.N.U. consacrée à ce sujet en 1972 (cf ci-dessus §1) le Pape Paul VI écrivait dans un message à l’ONU :

« Tout ce que Dieu a créé est bon, écrit l’apôtre St Paul (1 Tim 4,4), faisant écho au texte de la Genèse relatant la complaisance de Dieu en chacune de ses œuvres. Régir la Création signifie pour la race humaine, non la détruire mais la parfaire ; non transformer le monde en un chaos inhabitable, mais en une demeure belle et ordonnée dans le respect de toute chose »5.

4.3/ Le Pape Jean-Paul II s’est aussi saisi de la question. Il définit « les devoirs à l’égard de la nature et du Créateur comme partie intégrante de la foi chrétienne » dans son message pour la journée de la paix du 1° janvier 1990, intitulé très clairement : « La paix avec Dieu Créateur, la paix avec toute la création » (publié le 8. 12. 89)

4.4/ Nous en arrivons ainsi à l’encyclique ‘Laudato Si’ du Pape François, en 2015.

Sa marque propre va être de montrer que tout se tient : finalement, la relation au Dieu Père et Créateur de toutes choses est la clé de voûte d’une vie pleinement humaine, réconciliée avec toute la création. Dès le début, il s’appuie sur le saint dont il a choisi le nom, François d’Assise :

« Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel. C’était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure. (10) »

L’encyclique comporte 6 chapitres, que j’énumère rapidement :

Ch. 1 pose un diagnostic : les problèmes environnementaux, la détérioration de la qualité de vie humaine et la dégradation sociale, les inégalités ;

Ch. 2 : ‘l’évangile de la Création’ développe la sagesse biblique, la terre mise au service de tous, le regard de Jésus sur ce monde créé ;

Ch. 3 dénonce, après beaucoup d’auteurs contemporains, la domination de la technique sur l’humain : technologie, technocratie ; paradoxe d’une civilisation centrée sur l’homme au détriment de l’homme ;

Ch. 4 ‘une écologie intégrale’, montre de manière très concrète combien tous les problèmes sont liés les uns aux autres :

Les raisons pour lesquelles un endroit est pollué exigent une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité. (…) Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. (139)

Ch. 5 propose « quelques lignes d’orientation et d’action » ;

Ch. 6 fait des propositions d’une part pour l’éducation, d’autre part pour une approche spirituelle de la question : comment on peut trouver Dieu dans toutes ses créatures.

N’oublions pas – en suivant le Pape - que les sacrements comportent presque tous des symboles issus de cette création, et tout particulièrement l’Eucharistie, où le ‘fruit de la terre et du travail des hommes’ devient ‘pain de la vie’ et ‘vin du Royaume éternel’.

L’encyclique s’achève par deux belles prières composées par le Pape.

1 C. F. von Weiszäcker (cf. son ouvrage Le temps presse, Paris, Cerf, 1987)

2 Jean Marc Prieur : « De Bâle à Sibiu : une dynamique œcuménique européenne ». eglisejura.com : diocèse de St Claude

3 Cité par La Croix 4.09.20, p 14.

4 Texte anglais sur le site du Patriarcat de Constantinople.

5 Cité par La Croix 4.09.20, p 14.

Pour télécharger le document, cliquez ici

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+