Deux homélies pour un temps de méditation...

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Dimanche de la Miséricorde 2021

« Si je ne vois pas… je ne croirai pas ! »

C'est ce que répondait Thomas à ses amis, qui manifestaient leur joie d'avoir vu Jésus, vivant, venant les visiter, trois jours après sa mort horrible.

Ils racontaient à Thomas qu'ils l'avait vu vraiment vivant : Jésus avait parlé avec eux, les avaient pacifiés, réconfortés, pardonnés. Et il les avait même chargé de transmettre sa paix et son pardon...

Thomas n'était pas là, à cette première rencontre surprenante, mais bien réelle. D'où sa réaction à ce qui lui paraissait proprement irréaliste, inconcevable… Il leur déclara : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Il ne peut pas recevoir leur témoignage. Il a pourtant une bonne volonté, une droiture d'âme, un courage qui s’est plusieurs fois manifesté : par exemple, (un commentateur nous le signale) lorsque Jésus, auquel il était si attaché, avait dit qu'il marchait vers Jérusalem, en Judée, alors que c’était très risqué, puisque l'on cherchait à le lapider, Thomas savait qu’aller en Judée à ce moment, c'était aller à la mort. Il avait dit, aux autres disciples, avec tout le courage dont il était capable : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » (Jean 11, 16).

La veille de la mort de son maître, Thomas était bien présent au dernier repas. Il avait écouté avec une grande attention les confidences et les recommandations de Jésus dans ce moment tragique. Jésus disait : « Que votre cœur ne se trouble pas… Je m'en vais vous préparer une place.. » Thomas s’inquiétait : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurons-nous le chemin ? » (Jn 14, 15). Et Jésus avait répondu : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Pères sans passer par moi. »

Et après ces moments si douloureux au jardin des oliviers – ultime combat de Jésus devant la mort si proche, dans sa conscience de Fils – , ceux qui venaient l’arrêter l'amènent, et tous s'enfuient. Thomas aussi.

On ne sait pas ce que le groupe des disciples effrayés a pu faire…Sans doute, se sont-ils réunis encore, pour se cacher, s'enfermer, se protéger. Et Thomas avait dû s'éloigner – dans sa tristesse – Il n’avait pas rejoint ses amis ce soir du troisième jour, où Jésus était venu. Thomas n'avait pas bénéficié de cette expérience prodigieuse de la visite de Jésus vivant, comme il l'avait lui-même annoncé : « je reviendrai… »

Sans doute, on peut comprendre que Thomas, enfermé en lui-même, dans son chagrin, bouleversé par cette terrible épreuve – lui qui était si attaché à Jésus – était alors incapable de partager la joie des autres, joie si déplacée, selon lui, dans son deuil douloureux.

Mais, si nous lisons bien, Jésus, huit jours plus tard, était encore au milieu d'eux, dans sa réalité humaine, vraiment vivant. Jésus, alors, a eu cette attitude extraordinaire pour Thomas, encore emmuré dans sa douleur. Il a deviné ses doutes et l'a invité : « Avance ton doigt et vois mes mains. Avance ta main et mets la dans mon côté. » Il lui montre la source de la miséricorde : le cœur ouvert du Christ Sauveur. Et Jésus de lui dire : « Ne sois plus incrédule, sois croyant. » Sors de tes questions et fait confiance. On comprend alors, que Thomas ait pu s’exclamer, dans une gratitude profonde – et en humilité  : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » La belle profession de foi !

Alors, Thomas, notre jumeau (on pourrait dire notre semblable, dans son amour pour Jésus et ses difficultés à surmonter l'épreuve) est devenu pour tous, et pour nous aujourd'hui, un témoin si encourageant.

Et Jésus a ajouté : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Nous qui n'avons pas vu, nous croyons ceux et celles qui attestent leur expérience dans la foi : Jésus nous rejoint aussi dans nos doutes, nos questions sur le sens de la vie, sur le mal qui l'a écrasé. Il nous relève moralement dans notre liberté de choisir la vie…

Nous croyons sur parole, sur témoignage…

Et le témoignage, qui peut nous toucher, révèle cette présence toujours actuelle du Ressuscité, malgré son absence apparente…

Le témoignage est surtout celui d'une communauté – comme la première communauté décrite de manière idéale dans les Actes des Apôtres – dans l'union des cœurs, dans le partage des biens, dans l'attention fraternelle à tous et à chacun. C'est là que les Apôtres témoignent avec une grande puissance de la résurrection du Seigneur Jésus.

Durant ce temps pascal, ici, dans les conditions que nous connaissons et que nous supportons, notre attention fraternelle, avec notre engagement quotidien dans les humbles services, voilà qui est le plus fort témoignage. Là, le Seigneur vient nous rejoindre, il nous a même précédés et inspirés.

Dans sa miséricorde, il nous montre que nous comptons beaucoup pour lui – lui, le Sauveur de tous.

Père Daniel Bertaud

Cesse d'être incrédule, sois croyant !

Ce dimanche de l’octave de Pâques, le saint Pape Jean-Paul II a voulu qu’il soit dénommé "le dimanche de la Miséricorde". La Miséricorde n’est peut-être pas un mot qui nous parle. Peut-être évoque-t-il cependant chez nous au moins le souvenir de l’accueil que le Père réserve à son fils cadet qui, après avoir dilapidé sa fortune en menant une vie de désordre, revient et lui dit « Père, j’ai péché contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton Fils ». Le mot de Miséricorde nous rappelle peut-être cette grande fête que le Père fait préparer pour le retour de son Fils. Peut-être avons-nous oublié que le Père se tenait là à attendre, à désirer le retour de son Fils, l’espérant encore vivant. Peut-être avons-nous oublié qu’avant même que le fils ne reconnaisse son péché, comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. La démarche du fils est intérieure, un chemin intérieur de vérité et d’humilité, mais, celui qui coure, c’est le Père, celui qui se jette au cou du fils, c’est le Père, celui qui couvre l’autre de baisers, c’est le Père. La joie du Père, c’est que son Fils soit vivant. L’unique désir qui préoccupe le Père, c’est la vie du Fils. Voilà la Miséricorde : l’unique désir du Père, c’est que le Fils soit vivant, c’est ce qu’il dit au frère aîné : « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » Voilà la cause de la résurrection de Jésus, dans cet amour inouïe du Père pour son Fils. La Miséricorde est puissance de résurrection, puissance de vie nouvelle qui jaillit du Père et qui se déverse dans le Fils.

On peut alors comprendre que dans l’Évangile de ce dimanche, les paroles de Jésus à ses disciples ne soient pas des paroles de reproches, des paroles qui leur rappellent leur reniement, leur fragilité, leur péché, leur fuite, le fait que Jésus se soit retrouvé seul sur la Croix, abandonné même de ses plus proches. Non, la Miséricorde qui est source de vie éternelle en Jésus suscite en lui des paroles de Paix. « La Paix soit avec vous ». Dans ce récit, ces paroles sont exprimées trois fois. Non que du côté de Jésus et de Dieu, ces paroles aient mal été prononcées, mais, justement, parce que du côté des disciples, elles paraissent inaudibles ; les disciples ne peuvent pas croire à la vérité de telles paroles. Ce qu’ils méritent, ou plutôt ce qu’ils pensent mériter, c’est la mort avec Jésus, la même fin que Jésus. Ce qui les habite et qui les hante au plus profond, c’est la honte, c’est la tristesse liée à la nuit du sens même de leur existence. Ils ne comprennent plus rien. Ils ont suivi Jésus, ils ont cru en lui, ils ont tout misé sur lui, et quand Jésus ne correspond plus à leur représentation, à leur mise, à leur projet, ils sont perdus, complètement verrouillés intérieurement. L’Évangéliste note bien combien ils sont pétris de peur, "les portes sont verrouillées", parce que les cœurs sont fermés, les cœurs n’attendent plus rien, "par crainte des Juifs". Il n’y a que le Miséricorde de Dieu qui peut ouvrir leurs cœurs fermés, qui peut faire jaillir en eux la joie de l’intérieur, là où la tristesse, la honte, la peur semblent prendre toute la place. De fait, l’Évangéliste note qu’après la parole, « la paix soit avec vous », Jésus "leur montra ses mains et son côté, et les disciples furent remplis de joie" : transformation quasi immédiate du plus intime d’eux-mêmes. Pas besoin d’attendre des semaines ou des mois pour être refaits de l’intérieur, pas besoin d’attendre des années pour être reconstruits dans leur foi. Non, la Miséricorde est cette puissance divine de vie nouvelle qui les touche, les atteint, les transforme et leur faire faire l’expérience des « cœurs brûlants », comme pour les disciples d’Emmaüs. Ils éprouvent la joie, la même joie que le Père Miséricordieux. Une joie proprement divine qui intervient sans qu’il n’y ait eu aucun mérite préalable de leur part. Non, cette miséricorde et cette joie sont gratuites, données gratuitement. Rien ne nous dit d’ailleurs que les apôtres étaient en prière ou qu’ils attendaient un signe du ciel. Non, la manifestation de la Miséricorde en Jésus ressuscité les rejoint là où ils sont, là où ils en sont, sans aucun jugement, sans aucune condamnation. Le Père les veut vivants, comme le Père veut Jésus vivant, ressuscité.

Chez St Jean, Pâques, Miséricorde et Pentecôte ne font qu’un : « De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Chez St Jean, l’envoi en mission des apôtres, c’est l’envoi pour remettre les péchés. Chez St Jean, l’annonce de l’Évangile à toutes les nations, c’est annoncer que Dieu pardonne tout, que rien ne peut faire obstacle à sa Miséricorde. Voilà le cœur de l’Évangile, de la Bonne nouvelle : le pardon des péchés. L’Esprit qui a ressuscité Jésus est ce même Esprit qui sera à l’œuvre au travers de leur vie, vie qu’ils savent fragiles, mais justement, parce qu’ils se savent fragiles, pécheurs et pécheurs pardonnés, alors, l’Esprit pourra œuvrer en eux et à travers eux, et réaliser la Miséricorde au long de l’histoire au travers de leurs paroles et de leurs gestes. « Il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit-Saint : A qui vous remettrez ses péchés, il seront remis ».

Frères et sœurs, il nous est bon de nous rappeler que dans le credo, nous disons chaque dimanche : « je crois en la rémission des péchés », et de multiples fois, nous disons « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Ce ne sont pas de simples mots, c’est la foi de l’Église, c’est la réponse de l’Église à la Miséricorde divine. La foi, ce n’est pas croire en un discours, ou même seulement adhérer à une doctrine, c’est vivre ce que nous croyons, vivre de la Miséricorde, vivre de la vie de Jésus ressuscité reçue à notre baptême, nourrie dans l’eucharistie, renouvelée dans le sacrement de la Réconciliation. La Miséricorde pour nous-mêmes, et parce qu’il nous a été fait Miséricorde, nous pouvons vivre de Miséricorde et répandre la Miséricorde sur nos frères. « Soyez Miséricordieux comme le Père est Miséricordieux ». « Heureux les Miséricordieux ».

Que ce dimanche de la Miséricorde qui nous fait toucher le cœur même du Mystère de Dieu, nous aide à entrer plus intérieurement et plus intégralement dans ce mystère. Les paroles de Jésus à Thomas sont aussi pour nous : « Cesse d’être incrédule, sois croyant ». Croyant en ma Miséricorde. Amen.

Père Pierre Deprecq

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