Homélie du dimanche 26 juillet 2020

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Donne à ton serviteur un cœur attentif...

Le roi Salomon est encore un tout jeune homme, qui vient juste de monter sur le trône de son père David, lorsqu’il entend le Seigneur lui dire : « Demande ce que je dois te donner ». Naturellement, on peut imaginer qu’un jeune roi demande des choses comme la puissance, la prospérité, la sécurité pour son peuple… Mais non ! Le jeune roi montre qu’il est déjà un sage, il est conscient de la difficulté de sa tâche et de son inexpérience, aussi demande-t-il à Dieu un bon jugement : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »

On souhaiterait que toute personne en responsabilité, tout gouvernant, soit aussi conscient que Salomon des difficultés et des enjeux de sa responsabilité, et de l’importance de discerner ce qui est bien et ce qui est mal.

Peut-être qu’au cœur de l’été, en pleine période de vacances, et en outre avec l’inquiétude renaissante à propos de l’épidémie de coronavirus, peut-être n’avez-vous pas remarqué que l’Assemblée Nationale va entreprendre demain, lundi, le nouvel examen de la loi de bioéthique ? Or il s’agit de choses très graves. Les évêques sont intervenus à plusieurs reprises à ce sujet, notamment ces derniers jours, mais leur voix a du mal à se faire entendre dans le vacarme médiatique.

Cette loi aborde des sujets tels que :

• la Procréation Médicalement Assistée pour toutes les femmes, ce qui revient à favoriser la naissance d’enfants sans père.

• la modification génétique d’embryons humains.

• l’élargissement du diagnostic pré-implantatoire, c'est-à-dire le dépistage des embryons porteurs d’anomalies chromosomiques (comme la trisomie 21) en vue de les éliminer.

• la technique du bébé-médicament, qui consiste à permettre la naissance d’un embryon exempt d’anomalies en vue d’utiliser ses cellules pour soigner un frère ou une sœur.

• la suppression du délai de réflexion d’une semaine avant l’interruption médicale de grossesse.

• la transcription automatique à l’état-civil des enfants nés à l’étranger par GPA (Gestation pour autrui).

Certes, la loi prétend toujours vouloir défendre la dignité humaine, mais comment ne pas voir que beaucoup des principes qui fondent cette dignité sont en train de voler en éclats ?

On assiste à ce qui avait été annoncé depuis longtemps par des hommes comme le Professeur Ellul, à Bordeaux : l’invasion de la technique dans tous les domaines de la vie humaine. « Ce qui est techniquement possible, pourquoi ne pas le faire ? ».

On peut s’étonner de l’extrême préoccupation de nos contemporains pour l’environnement, le réchauffement climatique, les espèces menacées, le danger nucléaire – mais de leur apparente indifférence pour l’être humain à naître, pour la paternité et la filiation…

Les chrétiens ont poussé des cris d’alarme. Ils ne sont pas les seuls. Vous savez sans doute que Mme Sylviane Agacinski a été interdite de parole à l’Université de Bordeaux. Vous avez sans doute entendu parler du Professeur Jacques Testart, qu’on appelle parfois le père du bébé-éprouvette, puisqu’il a été pionnier en ce domaine ? Mais il a très rapidement, lui aussi, tiré le signal d’alarme, en disant : ‘Attention, on ne sait pas où on va !’.*

On doit souligner aussi que toutes ces avancées techniques, présentées toujours comme des progrès au service du bonheur, ne sont pas exemptes d’arrière-pensées mercantiles. Les techniques au service de la procréation sont aussi un marché.

Nous autres, chrétiens, nous voulons témoigner de la dignité de la personne humaine et la défendre. En concluant le concile Vatican II, le Pape Paul VI avait osé s’écrier : « Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ! »**

Cette dignité, elle est très bien exprimée par Saint Paul dans le passage de l’épître aux Romains que nous avons écouté :

« Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour.  Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. »

Dieu nous a aimés avant même le premier instant de notre existence. Il nous aime, il nous connaît, il nous appelle, il nous donne le Christ pour frère et pour modèle, il veut tous nous réunir en une seule famille humaine auprès de lui.

Père Didier Monget, curé.

* « De l’éprouvette au bébé-spectable » 1984.

**« Hominis sumus cultores »

Image par Tawny van Breda de Pixabay

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+