Homélie du père Didier Monget - Dimanche 03 février 2019

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Comment Jésus a-t-il été perçu par ses contemporains ? – la plupart du temps comme un prophète. On disait : « c’est un prophète, comme ceux d’autrefois » - parce qu’on avait l’impression que le temps des prophètes était fini depuis longtemps.

 

Qu’est-ce qu’un prophète ?

Ce n’est pas d’abord quelqu’un qui annonce l’avenir : cela, c’est une vision très déformée des prophètes. Le prophète est avant tout un homme qui parle, et qui parle au nom de Dieu, envoyé par Dieu.

Si l’on en croit le récit de la vocation de Jérémie (1° lecture du jour), il parle essentiellement contre : « tu prononceras contre eux… ne tremble pas… je fais de toi une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze pour faire face à tout le pays… ils te combattront… »… C’est effectivement ce qui arrivera à ce pauvre Jérémie, qui aurait bien voulu échapper à cette responsabilité, mais le Seigneur s’est imposé à lui, il n’a pas pu résister.

Le message des prophètes n’est pas fait que de malheurs, bien sûr, car le Seigneur est toujours un Dieu d’amour : il leur dit de proclamer sa bienveillance pour son peuple, son attachement indéfectible, sa paix, sa justice, son pardon, sa préférence pour les petits, les pauvres, les opprimés (la prophétie d’Isaïe, au début du récit, lu dimanche dernier).

Mais le message des prophètes est aussi, oh combien, un message rude pour réveiller les croyants : menaces, châtiment, annonces de guerres et d’invasions : « si vous continuez comme cela, à bafouer les commandements de Dieu, à mépriser les pauvres, à vous tourner vers les divinités étrangères… voilà ce qui va vous arriver ».

Pas étonnant, par conséquent, que le prophète se heurte à l’incompréhension, au refus, à la persécution, parfois jusqu’à la mort : « faites-le taire ! ».

Jésus se présente donc comme un prophète, avec toutes les caractéristiques des prophètes, et l’épisode de la synagogue de Nazareth, tel qu’il est rapporté par St Luc, l’illustre parfaitement :

• après avoir lu la prophétie d’Isaïe, Jésus affirme qu’elle s’accomplit maintenant : il est venu « apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, aux aveugles qu’ils verront la lumière… annoncer une année de bienfaits de la part du Seigneur ». C’est d’abord un message de bienveillance, d’amour, de libération…

• mais aussitôt après, et de manière surprenante, Jésus prononce des paroles provocantes ; il anticipe sur le refus, sur tous les refus, qui vont lui être opposés : « vous allez me citer le dicton : ‘médecin, guéris-toi toi-même’…Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays ». Jésus sent, Jésus sait déjà, qu’il va se heurter à de profondes résistances chez ceux-là même qui lui sont le plus proches.

• Et, non content d’ouvrir ainsi une plaie, il va encore plus loin : il souligne que depuis les temps les plus reculés, le temps d’Elie et d’Elisée, ce sont des étrangers, des païens, qui se sont montrés les plus réceptifs à la Parole de Dieu… Il heurte de front le sentiment d’appartenir au peuple choisi et de pouvoir s’appuyer ainsi sur ce privilège – qui n’en est pas un.

• La suite du récit illustre encore la vocation prophétique de Jésus : comme beaucoup de prophètes, il rencontre la violence, il est menacé de mort… Mais l’évangile se conclut par ces mots : « mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin ». On peut y voir déjà une annonce voilée de la Passion, et même de la Résurrection.

La question qui nous est posée maintenant, c’est celle-ci : « Disciples de Jésus, sommes-nous aussi des prophètes ? »

Aussi étrange que cela puisse vous paraître, la réponse est « oui ! ». Le jour de notre baptême, le prêtre a dit, au moment de l’onction du St Chrême : « tu es membre du corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète, et de roi ».

Prophètes, nous le sommes donc, c’est-à-dire témoins, porteurs nous aussi d’un message venant du Seigneur :

• message d’amour, de pardon, de justice, de dignité humaine, de respect des plus pauvres…

• mais aussi, message d’interpellation, de provocation, de contestation ; message qui, à certains moments, prend à rebrousse-poil, heurte les sensibilités, les idées toutes faites, les conformismes sociaux ;

• message qui, nécessairement, se heurte aussi au refus, à l’incompréhension, éventuellement au mépris, et dans certains cas à la persécution…

Très concrètement, le message pratique, moral, de l’Église, porte dans deux domaines : le domaine de la vie, et le domaine de la vie en société.

• La défense de la vie, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle : il est de plus en plus difficile de faire entendre ce message, qui insiste pourtant sur le respect positif de toute vie, donnée par Dieu. Dans une ville de France où sont organisées en ce moment des soirées de formation de «l’université de la vie », des incidents ont eu lieu, des insultes ont été peintes sur le local où se tient cette formation. Malgré tout, l’Église, les chrétiens, essaient de tenir bon dans la défense de la vie.

• L’autre domaine, c’est celui de la « doctrine sociale de l’Église », tout ce qui concerne la paix, la justice, l’économie au service de l’homme, la vie des familles, les rapports sociaux, l’accueil des étrangers… etc…

Ce n’est pas sans rapport avec la ‘crise des gilets jaunes’. Je ne parle pas, bien sûr, de ceux qui ne songent qu’à tout casser, mais vous savez qu’ils sont très minoritaires. Écoute-on suffisamment ceux qui disent qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils n’y arrivent plus, qui vivent dans la précarité ? Nous, chrétiens, sommes-nous présents sur ce terrain-là aussi ? Savons-nous dénoncer les conditions de vie ou de travail injustes, le règne de l’argent, le libéralisme qui écrase tout ?

Chrétien et prophète aujourd’hui : c’est difficile, c’est inconfortable, c’est vrai. Mais c’est seulement à ce prix qu’on peut être disciple de Jésus.

 

Père Didier Monget

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