Homélie Noël 2016

Dieu se fait tout petit...

Il y a 3 jours, une personne m’a demandé : « Mais quand on prie, comment se représenter Dieu ?

 

J’ai répondu : "On ne peut pas se le représenter, et il ne faut pas essayer de se le représenter – parce qu’il est plus grand que tout, il dépasse tout ce que nous pourrions imaginer, il renverse toutes nos constructions imaginaires."

 

"Oui, a-t-elle repris, mais c’est vraiment difficile de s’en tenir là. Si au moins il se manifestait maintenant à nous, alors ce serait plus facile, tout le monde pourrait croire en lui". Naturellement, elle pensait à une manifestation éclatante, quelque chose de stupéfiant, peut-être comme une éclipse solaire, ou un tsunami ?

 

Mais ce n’est pas comme cela que Dieu s’y prend.

 

Tous ceux qui viennent regarder la crèche – et se recueillir un moment devant elle - tous, du plus petit jusqu’au plus grand, du plus savant au plus ignorant, tous comprennent qu’il se passe ici quelque chose d’incroyable, d’inattendu, de stupéfiant, oui, mais autrement stupéfiant : Dieu se fait tout petit. Dieu s’est fait petit enfant.

 

Quel est le grand philosophe qui aurait osé imaginer cela ? Quelle religion aurait pu affirmer une chose pareille au sujet de la divinité ?

 

Et nous-mêmes, nous avons du mal à le croire !

 

Noël est la fête d’un Dieu humble. Écoutez ce que disait le Pape Paul VI, un jour de Noël :

« Dieu aurait pu venir revêtu de gloire, de splendeur, de lumière, de puissance, pour nous faire peur, pour nous écarquiller les yeux par des merveilles. Non, non ! Il est venu comme le plus petit des êtres, le plus fragile, le plus faible. Pourquoi cela ? Mais pour que personne n’ait honte de l’approcher, pour que personne n’ait peur, pour que tous puissent l’avoir vraiment proche, s’approcher tout près de lui, n’avoir plus aucune distance entre nous et lui. Il y a eu de la part de Dieu un effort pour s’abîmer, pour se plonger parmi nous, pour que chacun, je dis chacun de vous, puisse lui dire « tu », puisse avoir confiance, puisse l’approcher, puisse se sentir pensé par lui, aimé par lui… aimé par lui : voyez comme est grande cette parole ! Si vous comprenez cela, si vous vous souvenez de ce que je vous dis, vous avez compris tout le christianisme ».

 

Dieu s’est fait tout petit et c’est ainsi qu’il fait trembler les puissants ! Vous connaissez le cantique de la Vierge Marie, le Magnificat : elle aussi, c’est une petite, une jeune femme humble :

 

"Le Seigneur s’est penché sur son humble servante… le Puissant fit pour moi des merveilles… déployant la force de son bras, il disperse les orgueilleux, il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides…"

 

Dieu renverse l’ordre du monde, il renverse toutes les prévisions, il renverse tous les pouvoirs orgueilleux, tous ceux qui veulent dominer, commander, s’imposer, tous ceux qui nous disent : « c’est comme ça et ça ne peut pas être autrement, vous devez vous soumettre à l’ordre des choses »

 

C’est une révolution - mais pas dans la violence, parce qu’elle repose avant tout sur le changement intérieur, le changement des cœurs. Chacun de nous doit écouter cela, parce que chacun de nous est tenté, à son niveau, par ce désir de dominer, d’écarter les autres.

 

Dieu s’est fait tout petit… et tellement tout petit que, pratiquement, on ne peut pas descendre plus bas !

 

C’est le Père Charles de Foucauld qui disait cela (on célèbre justement le centenaire de sa mort : il a été assassiné à Tamanrasset par des bandits le 1° décembre 1916). Il disait : « Notre Seigneur a tellement pris la dernière place que personne ne pourra la lui ravir ». Et il a voulu suivre l’exemple de Jésus, en allant vivre auprès des populations musulmanes très pauvres, qui lui paraissaient les plus délaissées : les Touaregs, au sud du Sahara.

 

Jésus a dit qu’il voulait être au milieu de nous non pas comme un Maître, mais comme un serviteur. Le soir du jeudi-saint, il s’est mis à genoux et il a lavé les pieds de ses disciples. Malgré tous ses efforts pour faire changer les chefs religieux de son peuple, il a été arrêté, jugé, condamné à mort. Il est mort sur une croix, le supplice réservé aux esclaves.

 

Il ne pouvait pas descendre plus bas.

 

Ce soir, écoutons-le au fond de nos cœurs. Écoutons-le nous dire combien il est proche, combien il s’est fait tout petit pour que nous puissions l’aimer. Et demandons-lui de transformer nos cœurs pour devenir frères et serviteurs avec lui.

Père Didier Monget, curé

 

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