Homélie Noël 2019

 Combien de fois fait-on cette expérience : celui qui, de loin, apparaissait comme inquiétant ou peu fréquentable, peut-être mal habillé, l’allure d’un marginal – ou au contraire, l’air important avec son beau costume et son ordinateur en bandoulière… dès que l’on ose faire connaissance et se parler, voilà qu’il est ‘normal’ et sympathique, et même qu’il vous fait rire…

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Tous frères !

"Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !"

Noël, c’est la terre et le ciel qui se réunissent, qui se font fête.

Le ciel, c’est Dieu, mais Dieu, on ne peut pas le voir sans mourir. C’est pourquoi Dieu nous a envoyé son Fils : il est venu sur la terre, il a même été couché sur la terre, et pas seulement dans l’étable de Bethléem – puisqu’il dit qu’il n’a même pas une pierre où reposer sa tête.

Il s’est fait l’un de nous, notre frère. Il dit : "Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? -  Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère." Il a inauguré la fraternité chrétienne.

À nous, maintenant, de bâtir cette fraternité sur la terre.

Fraternité dans les communautés chrétiennes d’abord. Je me souviens, quand j’étais enfant, et que j’allais à la messe avec ma grand-mère : ‘Mr le Curé’, qui était un homme grand, très solennel et d’aspect plutôt sévère, il montait en chaire pour le sermon, et il commençait en disant : "Mes bien chers frères"…. Quand je fus capable de réfléchir, je trouvais que cette expression était bien incongrue, car personne ne pouvait se sentir ‘frère’ d’un personnage aussi solennel !

Les chrétiens se sont toujours désignés comme des frères, ce n’est pas nouveau. Mais ce qui est nouveau, c’est l’urgence de créer davantage de fraternité effective dans les communautés chrétiennes. Pourquoi ?

• parce que c’est de plus en plus difficile de se situer comme chrétien dans la société actuelle, et qu’on a donc besoin de se soutenir dans la foi, de partager, de prier ensemble, de s’entraider.

• C’est pourquoi il faut créer entre nous des petits foyers de vie chrétienne, des groupes, des équipes de voisinage, où l’on va d’abord prendre des nouvelles, s’enquérir des besoins, des soucis, puis prier ensemble, lire une page d’évangile… peut-être projeter une action commune – par exemple, inviter une personne seule…

• Une autre raison, c’est qu’il y a tellement besoin de créer de la fraternité autour de nous. Des relations simples, confiantes.

• Est-il besoin de souligner tous les obstacles à la fraternité ? L’individualisme, les personnes qui se promènent partout avec leurs écouteurs sur les oreilles. L’agressivité, les préjugés, les peurs… Combien de fois fait-on cette expérience : celui qui, de loin, apparaissait comme inquiétant ou peu fréquentable, peut-être mal habillé, l’allure d’un marginal – ou au contraire, l’air important avec son beau costume et son ordinateur en bandoulière… dès que l’on ose faire connaissance et se parler, voilà qu’il est ‘normal’ et sympathique, et même qu’il vous fait rire…

Croyez-vous que ce soit utopique ? Seulement un beau rêve, pas du tout réaliste ? Mais alors, comment expliquez-vous que le Secrétaire général de l’ONU et le Pape François aient signé vendredi dernier une déclaration commune pour appeler à la confiance entre les peuples ? Comment expliquez-vous que l’un des personnages les plus importants de l’Islam, le Recteur de la mosquée Al Azhar, au Caire, soit venu rencontrer le Pape à Abu Dhabi, et ait signé avec lui une déclaration sur la liberté de conscience et la fraternité humaine ?

• La réponse à ces questions, c’est que ces personnages d’envergure mondiale sentent que le seul remède à tous les conflits, les injustices, les situations de misère, c’est de se reconnaître tous comme frères et sœurs et d’agir en fonction de cette fraternité.

• "Vous êtes tous frères, vous avez un seul Père", a dit Jésus. Seule la reconnaissance d’un Dieu Père de tous les hommes peut donner une assise définitive à la fraternité humaine.

Pour terminer, je voudrais citer quelques lignes d’un très beau livre sur St François d’Assise :

"La chose la plus urgente, disait François, est de désirer avoir l’esprit du Seigneur. Lui seul peut nous rendre bons, foncièrement bons, d’une bonté qui ne fait plus qu’un avec notre être profond.
Il se tut un instant et reprit : Vois-tu, le Seigneur nous a envoyés évangéliser les hommes. Mais as-tu déjà réfléchi à ce que c’est qu’évangéliser les hommes ? Évangéliser un homme, vois-tu, c’est lui dire : toi aussi, tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière qu’il sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de sauvé, de plus grand et de plus noble que ce qu’il pensait, et qu’il s’éveille ainsi à une nouvelle conscience de soi. C’est cela, lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profondes."

Soyons ces bâtisseurs d’amitié et de fraternité.

Père Didier Monget, curé du secteur

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+