une grande joie pour tous les peuples

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Homélie de Noël 2020

« Ténèbres et pays de l’ombre, bâton du tyran, bottes des soldats, manteaux couverts de sang… » Manifestement, le prophète Isaïe vivait dans une époque troublée, dans un pays dévasté par la guerre - et c’est dans cette situation qu’apparaît un signe d’espoir : la naissance d’un enfant. Le roi vient d’avoir un fils, la dynastie continue, tout n’est pas perdu !

La tentation est grande de transposer aussitôt ces paroles du prophète à ce que nous vivons en ce moment ! Cependant, n’allons pas trop vite pour pleurer sur nos propres malheurs ! Nous avons la chance de vivre dans un pays malgré tout bien organisé, où de nombreux systèmes de sécurité ont été mis en place pour pallier aux maladies, au chômage, aux difficultés des entreprises. Cela étant dit, il faut reconnaître que beaucoup d’entre nous ‘n’ont pas le moral’, comme on dit. Crise sanitaire qu’on ne peut pas minimiser (des personnes en meurent, parfois jeunes), crise économique majeure, dont on constatera sans doute les dégâts plus tard, fatigue psychologique – voire dépression, crise morale aussi, et même crise religieuse : comment ne pas être atteint dans sa foi ? Comment ne pas douter ? Comment ne pas se demander ce que le Seigneur veut nous dire ? Se souvient-il de nous ?

L’ange disait aux bergers : « Voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple ! »

La joie : quelle est cette joie de Noël ? Bien sûr, celle de se retrouver en famille, celle de vivre la fête autour d’une belle table, de passer par-dessus les petits conflits familiaux pour vivre des moments de paix, de bonheur.

Mais il nous faut absolument creuser plus profond les vrais motifs de notre joie, chercher les sources de la joie durable, ‘cette joie que nul ne nous enlèvera’, celle que Jésus nous a promise. La joie, don de l’Esprit Saint, la joie de la présence paisible de Dieu dans nos cœurs.

L’ange disait : « Une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Comme au temps du prophète Isaïe, la réponse du Seigneur aux questions et aux malheurs des hommes est déconcertante : c’est l’annonce de la naissance d’un enfant.

Un nouveau-né ! Pensez seulement à la joie du jeune couple qui vient d’avoir son premier enfant. Se pencher sur ce tout petit bout d’homme, contempler à nouveau le miracle d’une nouvelle vie ! Ce tout-petit qui ne peut pas encore parler, qui est livré tout fragile entre nos mains.

Mais comment Dieu peut-il devenir un enfant ? Comment peut-il devenir si fragile entre nos mains ? Avez-vous jamais pris le temps de vous poser cette question ? Un Dieu qui veut être proche ? Un Dieu qui intervient ici, sur la terre, dans notre histoire ? Un Dieu qui veut devenir l’un de nous, partager notre vie et notre mort ? Comment est-ce possible ? Comment est-ce pensable ? Nous sommes mis à nouveau devant l’immense mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme.

Les récits évangéliques sont tout entiers empreints de merveilleux, presque comme un conte de fées. Il y a des anges qui parlent et qui chantent, il y a une étoile dans le ciel, des bergers qui s’émerveillent, des animaux dans une étable, bientôt des mages venus d’un pays lointain…

Derrière ces images, que nous disent-ils, ces récits ? Ils nous disent que la terre et le ciel sont réunis dans une même fête. Habituellement, le ciel, c’est à dire la demeure de Dieu, reste impénétrable à nos regards. Mais en cette nuit de Noël, le ciel s’entrouvre, ciel et terre chantent ensemble, Dieu et les hommes sont unis. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur le terre aux hommes qu’il aime ».

« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! » Le message de Noël, c’est aussi une certaine manière de vivre. Vous avez entendu Saint Paul, tout à l’heure : il nous dit que la venue du Christ « nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété ».

Cesser de vivre comme si Dieu n’existait pas, comme si nous lui étions indifférents. Et renoncer à exploiter les biens de la terre de manière excessive, déraisonnable. Vivre plus sobrement et plus ‘spirituellement’. Ce sont les grandes intuitions que l’on retrouve dans la célèbre encyclique du Pape François, ‘Laudato si’ : aimer Dieu, aimer son prochain, respecter la Création, tout cela marche ensemble. La crèche nous le dit à sa manière, avec son étoile, ses anges, son âne et son bœuf, ses bergers, et cette famille toute simple : Jésus, Marie et Joseph.

Pour terminer, j’ai envie de vous étonner : fêter la naissance de Jésus à Bethléem… ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est qu’il naisse et demeure dans le cœur de chacun d’entre nous.

Joyeux Noël !

Père Didier Monget, curé

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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