Il était là pour rendre témoignage à la Lumière

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Homélie du troisième dimanche de l'Avent

RÉJOUISSEZ-VOUS

En ce dimanche notre Père du Ciel veut, par sa parole, ouvrir et orienter nos cœurs vers la joie qu’il donne. Isaïe se fait l’écho de la joie du Peuple de Dieu : « Je tressaille de joie DANS LE SEIGNEUR, mon âme exulte EN MON DIEU ». Nous avons entendu le Cantique d’action de grâce de Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, EXULTE mon esprit en Dieu MON SAUVEUR », et Saint Paul exhorte à toujours demeurer dans la joie : « Frères, SOYEZ TOUJOURS DANS LA JOIE ».


Mais voilà, nous savons bien que le joie ne se commande pas, elle ne s’achète pas. Et comment être dans la joie, quand tant d’hommes connaissent la solitude, l’angoisse, la peur du lendemain, l’injustice ou l’incertitude..., ou quand ces épreuves frappent à la porte de nos cœurs ou de nos vies ? Si nous ouvrons les évangiles, particulièrement celui de St Luc, nous pouvons nous émerveiller devant cette joie communicative qu’apporte Jésus en venant dans le monde.


La première parole que l’Ange Gabriel adresse à Marie est « salut », que l’on peut traduire aussi par "Réjouis-toi !" ou "Sois joyeuse", comme l’écrit la traduction œcuménique de la Bible. De même, dans la nuit de Noël, nous entendront résonner l’annonce de l’Ange aux bergers : "Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. » Toujours dans St Luc, Zachée, le publicain, ayant répondu à l’appel de Jésus, éprouve une joie particulière (Luc 19, 6) "Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi." Et vite il descendit et le reçut avec joie. Il y a plusieurs semaines résonnaient les paroles de Jésus dans la parabole des talents. « Bon et fidèle Serviteur, entre dans la joie de ton Maître ». Et dans le discours après la Cène, dans l’Evangile de St Jean, Jésus dit à ses disciples : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblé de joie ». Et on pourrait continuer à parcourir tous les évangiles, relire les béatitudes, les actes des Apôtres, pour voir combien, la présence de Jésus et de son Esprit sont porteuse de la joie du salut.


Il nous est bon d’entendre et de relire ces paroles, non pas pour nous exciter l’esprit et nous forcer à la joie et au sourire, mais pour les laisser résonner en nous, pour que ces paroles fassent tomber en nous, les différentes barrières qui s’opposent à cette joie que Jésus donne, et suivre le même chemin que Marie ou que Jean Baptiste, lui "qui se réjouit à la voix de l’époux" : « telle est ma joie, elle est complète ». La joie n'est ni exubérance, ni satisfaction émotionnelle ou égocentrique. Elle est libératrice parce qu'elle exprime une réalité intérieure faite de paix et de sérénité parce qu'elle jaillit de la réciprocité d'une rencontre de vérité et d'amour.


La joie est bien le don précieux que Dieu a offert et offre sans cesse à l’humanité, par la venue de son Fils, non pas une joie superficielle, non pas une joie transitoire, non pas une joie sans lendemain, non pas un enthousiasme passager, mais la joie du cœur d’un Père qui veut se communiquer et se déverser dans celui de ses enfants. Une joie qui a goût de Paix, y compris au milieu des épreuves et des combats, une joie qui fait chanter les martyrs au moment même de leurs supplices.


La 2° préface de l’Avent invite aussi à cette joie dès aujourd’hui. « C'est lui, le Christ, qui nous donne la joie, d'entrer déjà dans le mystère de Noël ». La prière d’ouverture elle-même demandait : « Dirige notre joie vers la joie d'un si grand mystère : pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. »


Aux jeunes venus du monde entier réunis à Toronto pour les JMJ, le Pape Jean-Paul II disait ces paroles : « chers jeunes, les propositions qui vous sollicitent de toute part sont nombreuses et séduisantes : beaucoup vous parlent d’une joie qui pourrait s’obtenir par l’argent, par le succès, par le pouvoir. Surtout, ils vous parlent d’une joie qui coïnciderait avec le plaisir superficiel et éphémère des sens. Chers amis, à votre envie de jeunes désirant être heureux, le vieux Pape, chargé d’années mais encore jeune de cœur, répond par une parole qui n’est pas la sienne. C’est une parole qui a résonné il y a deux mille ans. «Heureux...». La parole clé de l’enseignement de Jésus est une annonce de joie : «Heureux...»

 

L’homme est fait pour le bonheur. Votre soif de bonheur est donc légitime. Le Christ a la réponse à votre attente. Il vous demande donc de lui faire confiance. La joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la victoire. La joie que les Béatitudes promettent est la joie même de Jésus : une joie cherchée et trouvée dans l’obéissance au Père et dans le don de soi à ses frères. Heureux êtes-vous si vous êtes comme Jésus, pauvres de cœur, bons et miséricordieux ; si vous savez chercher ce qui est juste et droit ; si vous avez un cœur pur, si vous êtes artisans de paix, si vous aimez et servez les pauvres. Heureux êtes-vous ! Jésus seul est le Maître véritable, Jésus seul propose un message qui ne change pas, mais qui répond aux attentes les plus profondes du cœur de l’homme, parce que lui seul sait «ce qu’il y a dans l’homme» (Jn, 2,25). Aujourd’hui, il vous appelle à (…) choisir la bonté, à vivre dans la justice, à devenir instruments d’amour et de paix. Son appel a toujours demandé un choix entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. La même invitation vous est adressée aujourd’hui. Croire en Jésus signifie accueillir ce qu’il dit, même si cela va à contre-courant de ce que disent les autres. Cela signifie refuser les sollicitations du péché, aussi attrayantes soient-elles, et cheminer sur la route exigeante des vertus évangéliques. »


Frères et sœurs, par pitié, ne considérons pas la joie comme une chose normale de la vie, où même comme une récompense divine à nos bonnes actions. Accueillons-la vraiment comme un don gratuit et aimant du Seigneur, comme un signe de son amour et de sa miséricorde, bien plus grande que nos travers, nos limites, nos péchés ou nos fatigues. Ce que Dieu veut vraiment, c’est partager sa joie à l’humanité. Alors persévérons dans la prière et l’action de grâce, comme nous y exhorte St Paul et comme l’a vécu Marie. La joie est source d’élan et de dynamisme, pour vivre notre vocation de fils et filles de Dieu, appelés à porter notre pierre dans l’édification du Royaume de Dieu qui vient.

Père Pierre Deprecq

Crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89glise_Saint-Martin_de_Boussois_fresque_8_bapteme_de_jesus.JPG?uselang=fr#filelinks

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