«Il se sépara d’eux... Il était emporté au ciel… Les disciple retournèrent à Jérusalem en grande joie.. »

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Homélie – Ascension du Seigneur – 26 mai 2022

Ascension de Jésus. Pour les disciples, manifestation visible de Jésus, de sa victoire sur la mort. Il est vraiment ressuscité, vivant à jamais, présent en Dieu. Il rejoint le Père et les disciples ne le verront plus. Et pourtant, ils sont dans la joie. Mystère de la séparation, avec la tristesse d’un départ, et pourtant, dans une grande joie.

Si nous aimons le Seigneur, notre maître bien-aimé, notre guide, notre berger, nous sommes orientés vers Lui, dans l’espérance, et déjà nous sommes dans la joie. Nous tendons à être avec Lui, de cœur, avec toute notre attention.

C’est une séparation qui apporte la joie.

Paradoxe. Pensons aux épreuves que tous connaissent à un moment de la vie, deuils, séparations ou ruptures. Comment surmonter ces épreuves, qui peuvent abattre les plus courageux, et laisser les personnes éprouvées, sans espoir, sans énergie. Mais nous savons aussi les capacités de résilience, de sursaut…

La méditation des textes de l’Écriture nous aide à entrer dans cette grande réalité de notre foi : Jésus, vivant, est présent désormais avec tous, et nous attendons sa venue dans la gloire.

Selon l’évangéliste, Luc, au moment où Jésus ressuscité s’est manifesté à ses disciples, plusieurs fois, il les a accompagnés, les a aidé à comprendre peu à peu, le sens inouï de sa mort, cette mort totalement injuste qui était bien un échec terrible.

Ces rencontres avec Jésus relevé de la mort, l’évangéliste Luc les relate : rencontre avec les disciples en repli vers Emmaüs, présence subite au milieu des disciples apeurés, plusieurs fois, jusqu’au moment où il leur signifie qu’il va les quitter, après leur avoir promis une force qu’il recevront à Jérusalem. Ainsi, ils continueront la mission de leur maître. Ils seront ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. C’est tout le sommaire des Actes des Apôtres, livre qui fait suite à l’évangile selon Saint Luc, avec le même auteur.

Et nous avons, en finale de l’évangile de Luc le récit de l’ascension et un autre récit au début des Actes des Apôtres.

Un moment charnière.

La mission visible de Jésus s’achève. Et commence l’aventure des Apôtres (les Actes des Apôtres), qui, continuent la mission de Jésus.

Pour leur mission, ils vont recevoir la « force d’en haut », l’Esprit Saint.

C’est l’Esprit même de Dieu, l’Esprit d’amour qui unit le Père et le Fils.

Dans la suite du livre des Actes des Apôtres, c’est, dix jours après, au cours de la Pentecôte (fête de l’Alliance, cinquante jours après Pâques) que cet Esprit Saint fait irruption et remplit les Apôtres de cette certitude : Jésus, qu’ils ne voient plus, est bien vivant. Il agit en eux par son Esprit. Et c’est la joie pour eux et pour tous, joie de l’annonce de l’Évangile, joie de la vraie libération apportée par Jésus, et destinée à tous, à toute l’humanité…

Aujourd’hui, l’Église nous invite à faire mémoire de ce moment charnière où Jésus signifie à ses Apôtres qu’ils ne le verront plus, qu’il va les quitter visiblement, tout en restant vraiment avec eux, indéfectiblement. Séparation et présence.

Ce que l’évangéliste Jean exprime autrement, dans une autre circonstance, avec la rencontre de Jésus ressuscité et l’Apôtre Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Jésus s’est donc séparé d’eux, et pourtant ils sont dans la joie. Ils retournent à Jérusalem, comme Jésus leur avait demandé; et même, ils vont au Temple et, « sans cesse, ils étaient dans le Temple à louer Dieu. »

C’est donc l’Ascension de Jésus vers le Père. Il est emporté au ciel (le ciel étant l’expression pour parler de Dieu, sans dire son nom sacré, par respect.)

Mais cette manière de comprendre s’explique aussi par le fait que, comme nos ancêtres, nous sommes saisis lorsque nous regardons vers le haut, du côté des nuages et du ciel bleu. Et à notre époque, nous sommes davantage impressionnés par cette immensité au-delà des nuages, par les images des télescopes et les découvertes des cosmonautes.

Mais Jésus ne monte pas comme une fusée vers la stratosphère. Même si visiblement les disciples ont eu la perception d’une montée, Jésus en réalité est enlevé vers l’invisible, du côté de Dieu, si on peut dire.

Dans la Bible, d’autres faits semblables sont rapportés, en particulier avec le prophète Élie qui échappe à son disciple, Élisée.

Et pour nous, nous pensons à l’Assomption de la Vierge Marie : elle qui, préservée de tout ce qui peut empêcher l’humanité d’être à Dieu, est saisie « assumée » (Assomption) par Dieu lui-même jusqu’à lui, où elle suit son Fils, dans la gloire.

Mais, pour l’Ascension de Jésus, il y a pourtant une « montée » qu’il faut comprendre au sens spirituel.

Cela est évoqué dans la lettre de Saint Paul aux Philippiens (2, 6-11), « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ‘‘Jésus Christ est Seigneur’’ à la gloire de Dieu le Père. »

Une descente et une remontée.

Et même, une entrée dans le « vrai sanctuaire », le Ciel (deuxième lecture).

Et nous, nous sommes entraînés vers le haut, élevés, édifiés, entraînés spirituellement, avec tout notre être. Nous sommes élevés en esprit : on pourrait dire élevés comme nos parents nous ont éduqués, nous ont fait grandir.

La terrible humiliation de Jésus, et ses souffrances atroces, dans le supplice de la croix est en réalité sa glorification.

Jésus lui-même, l’avait annoncé : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jean, 12, 32)

Jésus, humilié, abandonné, et finalement ressuscité.

Dans notre langage, nous dirions que le Père l’a élevé jusqu’à Lui. Et, désormais, du côté de Dieu, avec le Père, uni dans l’Esprit d’amour, Jésus est présent partout. Comme Dieu est présent partout.

L’Esprit Saint en nous, reçu au baptême et à la confirmation, nous éclaire intérieurement et nous fait reconnaître Jésus vivant, demeurant avec nous.

L’Esprit Saint, aussi, nous précède partout.

D’une manière qui nous échappe, c’est l’Esprit qui agit dans le monde et nous fait reconnaître des signes de son action, « signes des temps », que nous interprétons dans la foi, surtout en des moments d’épreuves.

Alors, faisons attention : Jésus ressuscité est là, avec nous, maintenant. Nous sommes rassemblés en son nom. Dans la foi, nous savons sa présence. Il ne s’agit pas de regarder vers les nuages, d’imaginer un spectacle grandiose avec le Messie s’élevant vers l’espace, mais de reconnaître et goûter en soi cette présence, et hors de nous, dans les « signes des temps », comme dans les témoignages de nos frères et sœurs.

Les disciples ont consenti à cette séparation d’avec Jésus, leur maître bien-aimé, et ressentant une grande joie qu’ils veulent déjà partager à tous dans la louange, dans le Temple, il savait que Jésus sera toujours avec eux.

Nous, aujourd’hui, nous le percevons dans la foi : Il est avec nous. Réjouissons-nous. Il nous entraîne et nous accompagne tous les jours de notre vie, jusqu’à ce qu’Il vienne.

 

Père Daniel Bertaud

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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