La situation est complexe

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Homélie du quatrième dimanche de l'Avent 2022

La situation est complexe.

Je pense à la situation de Joseph. On ne sait pas grand-chose sur lui, juste le nécessaire pour évoque ce qu’il est, qui il est. Il est accordé en mariage à Marie, il est l’époux de Marie, il est un homme juste, il est fils de David, il est celui qui donnera le Nom à l’enfant « Tu lui donnera le nom de Jésus ». Ce n’est pas rien que de donner le nom. Surtout peut-être pour quelqu’un qu’on n’entendra plus parler, qu’on n’a jamais entendu parler. On peut noter que la première fois qu’Adam parle au style direct, qu’un homme parle au style direct dans la Bible, c’est pour nommer la femme : Ishsha.

La situation est complexe.

Je pense à la situation de Marie. On ne sait pas grand-chose sur elle sinon qu’elle a été accordée en mariage à Joseph. Nous avons plus de précision en St Luc qui mentionne qu’elle est de Nazareth et qu’elle est vierge.

La situation est complexe pour la relation entre Marie et Joseph. Je ne m’y attarde pas mais prenons conscience du premier grand bouleversement que provoque l’entrée dans la nouvelle alliance. Pour des juifs religieux et purs, il faut franchir là quelques obstacles majeurs pour comprendre ce qui ce passe, l’accepter et le vivre au cœur d’une société où l’on attendait le messie plus du côté de Jérusalem, du temple, que de Nazareth, bled méprisé de cette Galilée que l’on appelle le carrefour des nations, c’est-à-dire en pleins courants d’air des influences païennes entre l’Assyrie et la Méditerranée de l’est à l’ouest, la Syrie et l’Égypte du nord au Sud.

La situation est complexe car, même si Marie a posé une question précise à l’ange -Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme- malgré cela il Saint viendra sur toi » qui ressemble à « N’aie pas peur, ça se passera bien » ou encore à « Fais confiance, je serai avec toi »

Pourquoi ? c’est dit : pour le salut. Jésus, Dieu sauve. Comment ? c’est moins clair.

Pour ajouter un peu de complexité à l’affaire Le Seigneur ne s’adresse pas à Joseph comme il s’adresse à Marie. Marie voit et entend, elle discute. Joseph dort. Le psaume 126 dit « Le Seigneur comble son bien-aimé quand il dort » Je ne sais pas pour vous mais, même si je me crois bien-aimé du Seigneur, il est des rêves qui ne me semblent pas très inspirés par l’Esprit du Seigneur !

La situation est complexe pour nous, pour nous tous et pour chacun de nous.

Chacun de nous doit découvrir comment Dieu lui parle, comment il fait signe, comment il l’appelle. Des paroles, des inspirations intérieures, des événements. Il faut interpréter, se risquer, tout en restant libre. Joseph va être éclaire par la Parole Biblique, celle que l’on a entendu en 1° lecture. Dans nos décisions, la paix intérieure est souvent un critère majeur.

On peut penser que Joseph se réveille avec le sourire, apaiser par ce qu’il vient de comprendre et qui est aussi le fruit de sa prière. Nous savons que Marie, de même, est libérée, pressée et joyeuse d’aller chez sa cousine Élisabeth enceinte de celui qui deviendra Jean le Baptiste.

Chacun de nous a, tout au long de sa vie, des choix à faire. Nous avons là quelques éléments qui peuvent aider.

Les situations sont complexes pour chacun de nous mais aussi pour nous tous ensemble. La situation du monde, la situation de notre pays, de nos régions, de notre Église, de notre diocèse, de notre paroisse. Le mode d’emploi n’est pas écrit jusqu’au bout et nous avons besoin de nous entraider pour savoir comment être et comment devenir une communauté, des communautés qui discernent ensemble l’état des situations et les appels de l’Esprit pour être de joyeux témoins de l’évangile. C’est pour cela qu’il y a des synodes, des conseils pastoraux des réunions de ceci ou de cela. Ce n’est pas pour nous occuper le temps, c’est pour se remettre sans cesse sous le souffle, dans le souffle de l’Esprit Saint et nous savons que cela peut être violent et qu’il y a, comme il y a eu, comme il y aura encore des ruptures à opérer.

Si nous ne les opérons pas, les charges seront trop lourdes à porter. Les marcheurs savent que les sacs à dos ont une contenance et un poids à ne pas dépasser. Ou on prend tout et n’importe quoi, chacun rajoutant quelque chose et on ne bouge pas, ou on choisit, on sélectionne et on avance. Pour cela il faut débattre. Si la culture du débat laisse trop souvent la place à une culture de l’affrontement, il ne faut pas que nous renoncions à la prière, la réflexion et l’action commune.

La situation n’est plus complexe si nous nous nous mettons à l’écoute de la Parole de Dieu dans les Saintes écritures, dans les événements de la vie, dans la confiance, malgré tout, en l’Église pour nous centrer l’essentiel, l’accueil du messie.

En venant à Bethléem, la maison du pain, nous nous mettons avec Marie et Joseph en état de contempler Jésus, verbe fait chair, parole de Dieu au milieu des hommes.

En venant à l’autel, ne craignons pas les situations complexes qui touchent notre monde, notre Église, notre vie, nos familles et portons-les sur l’autel, c’est pour cela qu’il y a la PU avant la présentation des dons.

En venant à l’autel nourrissons-nous pour avancer ensemble, comme Joseph et Marie en route pour Bethléem, pour continuer à donner Jésus au monde, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Père Gérard Faure, curé

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