Laisse faire !

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Homélie du quatrième dimanche de l'Avent

La messe d’aujourd’hui nous invite à lire en parallèle le récit de l’Annonciation à Marie et celui de la promesse faite à David. On peut les rapprocher de deux manières :

La première, c’est la plus évidente : à savoir que la promesse faite à David va s’accomplir, d’une manière mystérieuse, imprévue, par la naissance de Jésus.

Cet épisode raconté dans le 2° livre de Samuel est un moment décisif. Le jeune roi David vient de s’installer à Jérusalem, sa capitale, après avoir guerroyé contre ses ennemis. Il s’est construit un beau palais. Mais l’arche de l’Alliance, ce coffre de bois précieux qui contient les tables de la loi, et qui est une sorte de ‘sacrement’ en Israël, un signe de la présence de Dieu, cette arche de l’Alliance est toujours sous une tente, comme lorsque Israël errait dans le désert. Alors David a cette belle inspiration : « Je vais construire un temple magnifique pour le Seigneur ».

Et voilà que le lendemain, le prophète Nathan vient lui dire : « Non, ce n’est pas toi qui construiras une maison pour le Seigneur, mais c’est l’inverse : le Seigneur veut te construire une maison, c'est-à-dire une dynastie royale. ‘Je te susciterai dans ta descendance un successeur… je rendrai stable ta royauté… ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours’ ».

Connaissez-vous, dans toute l’histoire du monde, une seule famille royale, ou un seul régime politique, qui dure depuis toujours, qui soit stable pour toujours ? Non ça n’existe pas !

Cette promesse insensée va se réaliser d’une manière inattendue : c’est ce qui est annoncé à la Vierge Marie : « Tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus…le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera pour toujours… et son règne n’aura pas de fin ». Oui, c’est la royauté du Christ qui dure pour toujours – mais ce n’est pas une royauté terrestre. Jésus s’est enfui lorsque la foule voulait le faire roi. « Ma royauté n’est pas de ce monde », dit-il à Pilate. Il veut régner sur les cœurs, sur des hommes libres, en leur apportant la justice et la paix, le pardon et la fraternité.

La promesse s’accomplit, d’une manière surprenante, comme toujours !

 Mais il y a une deuxième raison de rapprocher ces deux récits, la promesse faite à David et l’annonce à Marie : c’est de comparer le ‘vécu’ de ces deux personnes, le côté subjectif de l’événement, si vous voulez :

Le roi David venait de s’installer dans sa capitale après avoir vaincu ses ennemis. Il a le sentiment d’être parvenu à ses fins. Il veut remercier le Seigneur, lui dire sa gratitude, en lui bâtissant un temple magnifique. Mais au lieu de cela, voilà que le Seigneur lui dit : ce n’est pas le moment de me remercier ; oui, je t’ai déjà donné tout cela- mais ça ne suffit pas, je veux te donner plus encore : une royauté qui durera toujours.

Vous imaginez les sentiments de David : lui qui s’estime déjà un homme comblé, Dieu lui dit : « laisse faire, ne cherche pas à faire quelque chose pour moi. Laisse-toi conduire. Je veux faire des choses encore plus grandes, encore plus inimaginables, dans ta vie ».

David voulait faire quelque chose pour le Seigneur. Le Seigneur lui dit : laisse, c’est moi qui vais faire quelque chose pour toi, avec toi.

Vous devinez maintenant quel rapprochement on peut faire avec la Vierge Marie : l’humble servante – comme elle se qualifie elle-même – la jeune fille toute simple de Nazareth, va devenir la mère du Messie, la chose la plus extraordinaire qui pouvait arriver à une jeune femme en Israël. « Pourquoi moi ? » doit-elle penser. « Qu’ai-je fait pour mériter cela ? »

Et l’ange lui dit : « Laisse faire le Seigneur. Il ne te demande rien. C’est Lui qui fait tout. Laisse-toi conduire seulement. Dieu veut faire en toi de grandes choses. »

Chacun de nous peut regarder tout ce qu’il y a de beau et de bon dans sa vie, et se demander : « Qu’ai –je fait pour mériter cela ? »

Et le Seigneur de nous dire : « Laisse faire, ne cherche pas à me bâtir un temple somptueux. Laisse-toi conduire. C’est moi qui vais tout faire dans ta vie, avec toi. »

Père Didier Monget, curé

 

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