Le baptême du CHRIST et le nÔtre

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Homélie du dimanche 10 janvier 2021

Frères et sœurs, nous parlons et nous entendons parler de temps de crise, d’une société en mutation, d’un monde en manque d’espérance. Que signifient ces expressions ? Le monde contemporain change, mute, de telle sorte que les appuis, les sécurités sur lesquels sont fondés la marche du monde, ce qui donnait confiance et semblait ouvrir un avenir, une espérance se révèlent ne pas tenir. Bien des appuis que nous croyions solides se révèlent friables, se manifestent comme un immense sable mouvant, et plutôt que d’avancer sur une terre ferme, sur des appuis solides, le monde semble s’enfoncer dans une profonde remise en cause de tous et de tout. Cette perte d’appuis fait reposer sur chacun l’avenir du monde, créant une forme d’angoisse collective, une accusation des autres, un repli sur soi généralisé, une course effrénée dans la consommation qui fait alors office de palliatif face à ce mal être généralisé, ce manque de vision et d’espérance ; dans notre monde contemporain, chacun porte en quelque sorte un poids plus lourd, puisque plus aucun discours ne semble capable de désigner ce qui est solide, ce qui tient, ce qui fonde l’avenir, ce que sera l’avenir. La crise révèle la vulnérabilité de l’homme et de ses constructions et chacun est en quelque sorte mis devant sa propre vulnérabilité.

C’est dans ce contexte qui est le nôtre et qui nous atteint que nous sommes appelés à écouter et à accueillir, la parole de Dieu qui, elle, ne passe pas : « Ciel et Terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». Et dans la 2° lecture, nous avons entendu : « la victoire remportée sur le monde, c'est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N'est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? ». Alors n’attendons pas des temps prétendument meilleurs ou plus favorable pour croire et pour vivre notre foi ! Ne laissons pas dépendre notre foi de la désespérance du monde !

Cette vulnérabilité que nous croyions nouvelle, en fait, ne l’est pas. Ce qui est nouveau peut-être, c’est que nous en prenons conscience, ou plutôt, ce qui est nouveau, c’est que nous prenons conscience que ce que nous croyions solides, sûrs, ne l’est pas. Nous prenons conscience en quelque sorte, que nous avons été illusionnés, nous nous sommes trompés d’appuis. Et c’est là que nous nous sentons comme blessés, atteints, désemparés, et que la vie semble avoir perdue sa saveur chez beaucoup d’hommes. D’un côté, nous entendons les « y’a qu’à faut qu’on », et de l’autre, ceux qui baissent les bras, désabusés, disant « tout est foutu ».

La lecture du livre d’Isaïe montre que l’expérience que vit le monde contemporain n’est pas nouvelle. Déjà le prophète interrogeait l’incohérence du Peuple de son époque : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? ». Il montrait au Peuple qu’il se trompait d’appuis, qu’il se trompait de source. Mais, Isaïe ne se contente pas de dénoncer l’errance mortifère, il montre le chemin d’un retour sur une terre ferme, solide, vivante et vivifiante, qui ne viendra pas que d’en Haut, mais dans laquelle l’homme sera aussi engagé. « Je m’engagerai AVEC VOUS par une ALLIANCE ÉTERNELLE », dit le prophète. Alors « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, invoquez-le tant qu’il est proche. Écoutez, prêtez l’oreille, venez à moi ! Écoutez et vous vivrez ». Ce qui fonde tout, c’est la Parole de Dieu. Ce qui rend solide, c’est l’écoute attentive de ce que Dieu dit et réalise : « la parole qui sort de sa bouche ne revient pas sans résultat, sans avoir fait ce qui lui plait, sans avoir accompli sa mission ». La vraie solidité, la vraie fécondité, le véritable avenir emprunte le même chemin que celui de la pluie et de la neige, qui abreuvent la terre, qui la fécondent, qui donnent la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger. L’homme est appelé à se faire réceptivité, capacité d’accueil du don de la nouveauté de Dieu, manifesté par la fécondité de sa parole dans l’histoire, au cœur même de ce qui est sombre et sans avenir.

Jésus reprendra une autre image, en parlant de la maison fondée sur le sable et de la maison fondée sur le roc, en disant : « ce n’est pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui font la volonté de Dieu, mais ceux qui écoutent la parole et qui la mettent en pratique ».

Le baptême de Jésus que nous célébrons aujourd’hui exprime ce mouvement divin qui veut rejoindre les hommes de tous les temps, dans leurs incohérences, dans leurs ténèbres intérieures, dans leurs illusions qui sont autant de chemins de mort. Et Jésus ne reste pas au fond du Jourdain enfermé dans la mort. L’Évangéliste Marc le souligne : « en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Dieu dit en son fils sa proximité avec l’homme en quête de vie, en quête de sens, en quête de vraie solidité. Dans son Fils, Dieu s’engage définitivement du côté de l’homme pécheur, vulnérable et blessé. Il est le bon Samaritain qui ne détourne pas son regard, mais s’arrête et prends soin de celui qui est gisant au bord du chemin, pour le relever et le guérir.

Et c’est dans ce baptême que nous avons été plongés. Certes nous avons été baptisés autrefois, mais le baptême n’est pas pour nous une réalité passée, mais une réalité présente, actuelle, toujours à recevoir comme une grâce présente, un don gratuit toujours offert. Ce baptême dit la source de toute solidité, de toute fiabilité et de toute saveur. Cette source, c’est le Christ, vivant, présent, ami des hommes, avec qui nous pouvons parler, de qui nous pouvons recevoir la parole, une parole de vie, de pardon et de réconciliation, sur notre honte ou notre désespoir, une parole qui fonde et qui donne la véritable direction. C’est cette parole qui fait dire au psalmiste : « Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut » ou encore, « voici le Dieu qui me sauve, j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur, il est pour moi le salut. »

En ce dimanche, nous demandons au Seigneur la grâce de vivre de notre baptême, de vivre de cette nouveauté qui s’enracine en Lui, le Seigneur vivant et toujours nouveau, lui qui fait toutes choses nouvelles, non pas des nouveautés qui passent et ne rassasient pas, mais, la nouveauté qui nourrit et rend solide, qui créé un Peuple nouveau, une famille nouvelle où tous se reconnaissent fils et filles bien aimés du Père, frères et sœurs en qui le Père trouve sa joie. Oui, le baptême est la source de la vraie famille humaine renouvelée dans le Christ Jésus qui ouvre un véritable avenir, parce qu’enracinée en Lui. Frères et sœurs, vivons de notre baptême et répandons par nos vies, la bonne odeur du Christ.

Père Pierre Deprecq

Image par Dimitris Vetsikas-Pixabay

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