Le sens du parvis

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Dimanche 22 septembre 2019 : Homélie de la messe de rentrée pastorale à Saint Nicolas Bordeaux

 

Chers amis,

 

Puisque les autorités municipales ont décidé de retarder l’inauguration officielle du parvis, parce qu’elles veulent attendre qu’ils soit totalement achevé, notamment avec les plantes qui doivent l’orner, j’ai décidé de consacrer ce temps d’homélie à une petite méditation sur le thème du ‘parvis’.

 

Ce mot désigne donc l’espace ouvert devant l’entrée d’une église – ou d’un bâtiment public. Il est donc par définition, un espace de contact entre le dedans et le dehors, entre l’église et la rue, entre le ‘sacré’ et le profane, entre les croyants, qui se réunissent dans cette église, et …les autres, croyants ou incroyants, passants, curieux… qui osent ou n’osent pas entrer quand la porte est ouverte.

 

Il s’agit ici d’une tradition très ancienne : le temple de Jérusalem lui-même était constitué de plusieurs espaces, organisant physiquement un certain rapport au Dieu Saint d’Israël :

 

• à l’extérieur, le ‘parvis des nations’, c'est-à-dire un espace que pouvait traverser n’importe quelle personne, juif ou païen ;

 

• puis l’espace réservé aux femmes d’Israël, lesquelles devaient prier séparées des hommes ; c’est le christianisme qui a supprimé cette séparation

 

• puis venait l’espace des hommes d’Israël ; c’est là que se tenait sûrement Jésus quand il venait au temple, puisqu’on dirait aujourd’hui qu’il était un ‘laïc’ !

 

• puis il y avait l’espace réservé aux prêtres, avec l’autel des sacrifices ; on appelait cet espace ‘le saint’ ;

 

• enfin, il y avait le ‘Saint des saints’, séparé par un rideau, où personne ne pouvait pénétrer sous peine de mort (seul, le Grand Prêtre, une fois par an).

 

Chez les chrétiens, au Moyen-Age, le parvis des églises servait à toutes sortes d’activités : commerces, foires, fêtes, et notamment les fameux ‘mystères’, sortes de pièces de théâtre religieux, qui sont à l’origine du théâtre tel que nous le connaissons.

 

Et voilà que le Pape Benoît XVI, dans son discours de fin d’année aux cardinaux, le 21 décembre 2009, lance cette idée : « Je pense que l’Église devrait aujourd'hui aussi ouvrir une sorte de « parvis des Nations » (comme dans le temple de Jérusalem), où les hommes puissent d'une certaine manière s'accrocher à Dieu, sans le connaître et avant d'avoir trouvé l'accès à son mystère ».

 

Cette idée a été reprise : le 25 mars 2011, un grand rassemblement de jeunes était organisé à Paris, sur le parvis de Notre-Dame, et le Pape leur adressait un message en direct :

 

« Au cœur de la Cité des Lumières, devant ce magnifique chef-d’œuvre de la culture religieuse française, Notre-Dame de Paris, un grand parvis s’ouvre pour qu’une nouvelle impulsion soit donnée à la rencontre respectueuse et amicale entre des personnes de convictions différentes. Jeunes, croyants et non croyants, présents ce soir, vous voulez être ensemble, comme dans la vie de tous les jours, pour vous rencontrer et dialoguer à partir des grandes interrogations de l’existence humaine. Beaucoup aujourd’hui reconnaissent qu’ils n’appartiennent pas à une religion, mais désirent un monde neuf et plus libre, plus juste et plus solidaire, plus en paix et plus joyeux. En m’adressant à vous, je mesure tout ce que vous avez à vous dire: incroyants, vous voulez interpeller les croyants, notamment en exigeant d’eux le témoignage d’une vie qui soit en conformité avec ce qu’ils professent et en refusant toute déviation de la religion qui la rendrait inhumaine. Croyants, vous voulez dire à vos amis que ce trésor qui vous habite mérite un partage, une interpellation, une réflexion. La question de Dieu n’est pas un danger pour la société, elle ne met pas en péril la vie humaine! La question de Dieu ne doit pas être absente des grandes interrogations de notre temps. Chers amis, vous avez à construire des ponts entre vous »

Vous devinez bien que, si j’évoque tout cela, c’est pour revenir à la vie de la communauté chrétienne, ici et maintenant : comment mettre en œuvre aujourd’hui cette idée d’un ‘parvis’, d’un lieu d’amitié, de contact, de dialogue avec tous ?

 

Des initiatives ont déjà été prises :

 

• il existe un ‘courriel’ de St Nicolas, dont le but explicite est de créer des liens entre la paroisse et le quartier ;

 

• le « pain de l’amitié », avec son restaurant, son épicerie, son vestiaire, et ses temps de prière et de partage, répond évidemment à cette invitation ;

 

• l’effort pour assurer un minimum de permanences dans l’église vise aussi à favoriser les contacts

 

• et il y a sûrement ce que vous faites, chacun d’entre vous, dans vos rencontres quotidiennes, dans votre voisinage.

 

Peut-être aurons-nous des idées nouvelles ?

Dans ce souci de contact, de ne pas rester entre nous, d’ouvrir des portes vers les autres, ne croyez-vous pas qu’on peut écouter ce qu’écrivait St Paul à Timothée :

« 01 J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes,02 pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité.

03 Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur,04 car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. »

 

Oui, être chrétien, depuis toujours, c’est aller vers les autres et prier pour les autres.

 

D.Monget

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