Lire l'Évangile selon saint Marc

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Homélie du dimanche 21 février 2021

Le récit de la ‘tentation de Jésus dans le désert’ selon St Marc, que nous venons d’écouter, est d’une extrême sobriété ! Vous avez sans doute en tête le récit de St Matthieu, avec les 3 tentations, le dialogue avec le diable, etc… Ici rien de tel : « Il resta 40 jours, tenté par Satan ». Point. Cette sobriété est bien à l’image de l’ensemble de cet évangile selon St Marc.

Je vous propose, durant ce carême, de lire chacun, chez vous, la totalité de cet évangile. C’est peut-être quelque chose que vous n’avez jamais fait : lire un évangile en entier ? Il faut le faire. Auriez-vous l’idée de lire un roman d’Agatha Christie par petits morceaux, de temps en temps ? Non, on a envie de se plonger dans l’histoire, dans la dynamique du récit. Chaque évangile aussi a sa propre dynamique.

St Marc est le plus court des 4 évangiles, il est aussi le premier constitué (vers l’an 70), il est comme le prototype de tout évangile. Sa sobriété le rend un peu rude, sans fioritures, mais c’est aussi ce qui en fait l’intérêt.

C’est un évangile qui est écrit pour les catéchumènes, pour ceux qui veulent découvrir la foi chrétienne et se préparer au baptême. A l’époque de St Marc, quelques-uns viennent du judaïsme, mais la majorité du paganisme, des différentes religions. Ils n’ont pas besoin qu’on leur parle de Dieu, car ils ont déjà plein d’idées sur Dieu, et surtout beaucoup d’idées fausses ; alors, St Marc ne va pas leur faire des théories sur Dieu, il va leur parler de Jésus, tout simplement.

Lisez cet évangile ! Vous verrez qu’il pose beaucoup de questions. Sans cesse les gens s’interrogent : « Mais qui est-il celui-là ? Pourquoi agit-il ainsi ? Qui lui a donné cette autorité ? » Jésus aussi pose des questions : « Que disent les gens à mon sujet ? Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Et vous serez étonnés de voir qu’il y a bien peu de réponses ! St Marc nous met ‘en situation’, il nous met à la place des disciples. Ils suivent ce Jésus, ils sont attirés par lui, quelquefois choqués, sans doute, et souvent ils ne comprennent pas. C’est souligné très souvent, et par Jésus lui-même. Ce n’est pas qu’ils soient plus sots que quiconque. C’est qu’ils sont dépassés, complètement perdus. Et cela finira mal.

En outre, ce Jésus semble avoir un comportement contradictoire : il interdit qu’on parle de lui, qu’on dise qui il est, ce qu’on a perçu de lui. C’est ce qu’on appelle le ‘secret messianique’. Jésus est-il le Messie attendu par Israël ? A certains moments, cette vérité émerge, notamment dans la bouche de St Pierre. Mais aussitôt, Jésus interdit qu’on en parle. On comprend peu à peu qu’il y a véritablement un ‘mystère’ de Jésus, quelque chose de caché, quelque chose qui nous dépasse.

Le récit de St Marc est rythmé par 3 annonces de la Passion : à 3 reprises, Jésus annonce à ses disciples qu’il va monter à Jérusalem, qu’il sera arrêté, condamné, crucifié, et que trois jours après il ressuscitera. Ces annonces plongent les apôtres soit dans une grande frayeur, soit dans des comportements incohérents, comme s’ils ne percevaient pas la gravité de ce qui vient d’être dit. Ou peut-être, au contraire, sont-ils en train de comprendre que le chemin de leur Maître sera aussi leur propre chemin : « si Jésus renonce à lui-même, à sa propre vie, jusqu’au témoignage suprême, alors, nous aussi ? »

C’est pour cette raison que la lecture de l’évangile peut, par certains côtés, faire peur, nous inviter à une grande gravité dans le regard sur notre vie.

Dans l’évangile de St Marc, la vie terrestre de Jésus s’achève sur le grand cri de la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il faut alors revenir au début, aux premiers mots de cet évangile. Cela commence ainsi : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Christ, ou Messie : oui, il l’est, mais il n’a pas voulu le reconnaître avant son procès devant le Grand Prêtre.

Fils de Dieu ? Ce titre a été proclamé par une voix céleste au moment du baptême, puis à la Transfiguration. Mais jamais personne ne reconnaît en Jésus le Fils de Dieu. Le premier qui va le reconnaître, ce sera le centurion romain, au pied de la croix, le chef des soldats qui ont crucifié Jésus : « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !" » C’est un païen, un étranger, quelqu’un qui vient d’ailleurs.

L’évangile de St Marc nous tourne résolument vers l’ailleurs, vers les autres, vers ceux qui ne croient pas.
Et l’ange du matin de Pâques dira aux femmes : « Il est ressuscité, il n’est pas ici… Il vous précède en Galilée ». C'est-à-dire : toujours plus loin.

Père Didier Monget, curé

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