Mais ils sont fous ces chrétiens d’aller chercher une preuve d’amour sur une croix.

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Homélie Fête du Christ Roi 2022

Dimanche 20 novembre

Jésus roi de l’Amour

Grâce à un échange avec notre paroissien, Roland Delary, j’ai eu une autre façon de comprendre la solennité de ce jour. Nous fêtons aujourd’hui, en effet le Christ Roi, nous fêtons Jésus Christ Roi, nous fêtons encore pour en rajouter Jésus fils de David Christ Roi.

Que de pléonasmes ! diront certains. Dans les termes d’abord, puisque Christ veut bien dire celui qui est oint, donc roi. Dans la généalogie ensuite, puisque descendant de David-roi, comme nous a expliqué la première lecture, Jésus se trouve donc Roi. Dans l’étymologie enfin, puisque Jésus signifie bien Dieu qui sauve, Dieu qui délivre ; or, n’est-ce pas un sauveur, un libérateur des oppressions que nous recherchons en tout roi ? Oui pléonasme et pourtant combien nous avons besoin de nous répéter ces qualificatifs pour entendre la voix du crucifié sur la croix « en vérité aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Jésus ne propose pas un rendez-vous pour envisager un avenir au bon larron, ce n’est pas d’un futur entretien professionnel qu’il s’agit, il ne l’assoit pas dans la salle d’attente d’une officine, non ! C’est immédiat. Le paradis n’est plus un rêve inaccessible, voire une éventualité pour cet homme qui certainement a fait du mal, a péché ; le paradis est là comme une lumière qui jaillit du cœur transpercé de Jésus, de chacune de ses plaies, comme cette eau vivifiante qui suinte de son corps meurtri, comme cette annonce voulue par Pilate contre l’avis des accusateurs et qui couronne la croix : INRI Jésus de Nazareth roi des juifs.

La situation nous révèle alors en ce dernier jour de l’année liturgique le parcours inimaginable de ce petit homme né dans une crèche. S’il est Jésus fils de David Christ Roi, il est aussi Emmanuel fils de Marie ; certes roi selon Hérode, roi selon les mages mais il est charpentier, serviteur, berger. Il est encore de manière plus eschatologique le médiateur, l’alpha et l’oméga, la porte des brebis, Il est le chemin, la vérité, la vie. Mais alors, quel roi pourrait se prévaloir de tels qualificatifs ou confondre en une même royauté l’abaissement vers les plus pauvres, l’humilité la plus profonde et la révélation des prophètes ? C’est Paul qui nous initie à la connaissance de cette nature : « le Fils bien-aimé de Dieu en qui nous avons la rédemption...est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature ». Nous voilà dans un autre monde, un monde que les soldats qui se moquent et le malfaiteur qui provoque Jésus ne comprennent pas, ou ne prennent pas le temps de comprendre. Eux attendaient un coup d’éclat, des clous qui jaillissent, une couronne qui tombent à terre, un fils de Dieu qui use d’un pouvoir royal pour descendre de cette croix insupportable. Mais au sommet du Golgotha, ce n’est pas ce qui se passe, l’heure est venue pour un autre triomphe, le triomphe de l’Amour. Et il est là le qualificatif unique de cette scène, de cette vie, de ce royaume incompris sinon que par le bon larron. Au bout de son périple Jésus transcende les incompréhensions du monde en se donnant lui-même et en ouvrant le monde à qui veut l’entendre, en l’ouvrant sur un jardin royal, le paradis : Jésus Christ Roi est Amour.

Mais ils sont fous ces chrétiens d’aller chercher une preuve d’amour sur une croix. Ils sont fous de croire que la vie d’un seul, mort dans l’humiliation après avoir été porté tel un roi par les portes de Jérusalem, peut sauver le monde. Ils sont fous d’écouter Paul leur dire que la paix viendrait par le sang de la croix. Non ! Ils ne sont pas fous, nous ne sommes pas fous car nous-mêmes, nous sommes rois. Par le baptême nous aussi avons reçu cette grâce d’être prêtres, prophètes et rois. Et c’est encore une fois, dans le mystère de notre foi, l’inconcevable bonté du Christ, Fils de Dieu qui s’exprime : son supplice est notre baptême. La croix est notre royaume. Par l’onction donnée au bon larron c’est à l’humanité toute entière que Jésus au sommet de son amour s’adresse, qu’il confie sa royauté.

Alors que faisons-nous de ce Royaume dont nous sommes dépositaires ? Les bras nous en tombent, une certaine impuissance nous gangrène, le quotidien nous contraint mais encore une fois c’est le bon larron qui nous met sur la voie par sa prière : « Souviens-toi de moi ». Oui osons, nous aussi, chaque jour cette demande au Christ Roi pour qu’il soit en nous, dans les épreuves comme dans la joie. Amen

Père Gaston Yerbanga

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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