Noël, c'est l'entrée dans le Nouveau Testament

Noël, ce n’est même pas la crèche ! Certes, elle embellit notre imaginaire, certes, elle nous fait retrouver un socle commun, une histoire commune, certes elle nous plonge dans notre mémoire personnelle et collective, mémoire de notre enfance, mémoire parfois fantasmée ; mais Noël, ce n’est pas une question de mémoire !  

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Homélie de la Nativité 2021

Il est vrai qu’à certains moments on ne sait plus où on habite et il n’est pas faux de dire que notre société ait perdu des repères, sans doute pour une part parce que, depuis de nombreuses années, nous avons un problème de transmission.  

Les relations entre générations sont parfois perturbées, même si pour Noël on évoque bruyamment la famille, on l’appelle à la rescousse, tout en laissant émerger les tensions que chacune de nos familles peuvent connaître. J’ai vu les titres dans plusieurs publications portant sur l’inquiétude de certains, à l’approche des repas de fête en famille : Comment supporter tel ou tel ? Quels sujets de conversation nous faut-il éviter ?  

Au-delà de ces considérations et pour revenir à la question de la transmission, on peut dire que notre difficulté vient du fait que notre culture va puiser à de multiples sources, ce qui fait que, parfois, nous ne parvenons plus à avoir un langage commun et avons la tentation, pour éviter les conflits, de vivre chacun dans notre propre espace. Dans la maison, chacun son espace, chacun son écran, chacun son loisir, chacun sa tour d’ivoire ; et d’ailleurs pourquoi pas, pourquoi pas si nous partageons ensuite les expériences que nous faisons ou dont nous sommes témoins.  

L’Église a elle-même un problème de transmission. Sans parler de la situation, de la pauvreté, du petit nombre des enfants au catéchisme, c’est certain qu’il y a un problème. 

Tout ça, comme chrétien et comme citoyen du monde, ça ne me trouble pas trop. Ce qui me trouble c’est que, faute de repères culturels, historiques, spirituels, anthropologiques communs et j’en passe, faute d’expériences communes, même si notre pays sait heureusement encore se rassembler en temps d’épreuve, faute de projet commun, faute de repères sérieux et partagés, ce qui m’inquiète c’est que nous précipitons sur le premier repère venu, souvent un ersatz de repère, et qui n’est pas le bon. Il ne suffit pas d’appeler à la rescousse telle ou telle tradition, plus ou moins avérée, pour que nous nous retrouvions sur un socle culturel commun. Alors on ressort une histoire de sapin en lui faisant dire n’importe quoi, au point que ceux qui n’en ont pas ne seraient pas chrétiens ou devraient être suspectés d’être de mauvais chrétiens. Au point où on en est on va arriver à suspecter ceux qui ne font pas de cadeaux Noël, troublant en plus le commerce … en oubliant les pauvres ; suspecter ceux qui travaillent ce jour-là …. en oubliant les artistes, les soignants, les éleveurs et bien d’autres … à vous de continuer la liste mais à mon avis, c’est sans intérêt. 

Je vais vous donner un repère, mais vous le connaissez déjà, puisque vous êtes là : c’est la crèche. Noël, ce n’est pas la cheminée ! Noël, ce ne sont pas les cadeaux ; Noël ce n’est pas la famille traditionnelle ; Noël, ce n’est même pas l’éblouissement de la lumière qui scintille dans nos rues et dans nos maisons à une époque de l’année où, dans nos régions, la nuit l’emportant sur le jour nous avons un besoin physique de lumière ! 

Noël, ce n’est même pas la crèche ! Certes, elle embellit notre imaginaire, certes, elle nous fait retrouver un socle commun, une histoire commune, certes elle nous plonge dans notre mémoire personnelle et collective, mémoire de notre enfance, mémoire parfois fantasmée ; mais Noël, ce n’est pas une question de mémoire !  

Noël, c’est l’entrée dans le Nouveau Testament. Il y a un ancien testament et un Nouveau Testament, Il y a un avant la naissance de Jésus et un après la naissance de Jésus. Nous ne célébrons pas un anniversaire, même si nous datons notre histoire à partir de ce moment-là. Nous célébrons notre Salut à venir, salut auquel nous sommes nous-mêmes, chacun de nous et nous ensemble, appelés à participer. Noël, ce n’est pas le passé, même enjolivé, c’est l’à venir, c’est nouveau, et pour être vivante cette tradition, ce qui nous est transmis, doit rester vivant. J’évoquai il y a un instant les difficultés du catéchisme mais je veux d’avantage évoquer les joies du catéchuménat. Ils ne se trompent pas ces adultes, souvent jeunes, qui se tournent vers l’avenir du monde en demandant le baptême, ou, ayant été baptisés dans leur petite enfance, demandent à l’Église la confirmation de ce baptême, ou l’initiation à l’eucharistie pour pouvoir communier à la vie du Christ. Alors, si nous nous posons des questions d’identité, si nous nous posons des questions sur la place et la visibilité du christianisme dans le monde, laissez -moi vous rappeler de que Jésus nous dit ; Jésus, cet enfant qui vient naître au milieu de nous dans des conditions scabreuses. A quoi reconnaîtra-t-on que vous êtes mes disciples, que vous êtes chrétiens ? Au sapin ? à la crèche ? à la réunion familiale ? aux guirlandes ? aux cadeaux ? Certes, tout cela peut exister, mais tout cela peut être fait par n’importe qui ! On reconnaîtra que vous êtes mes disciples dit Jésus à la façon que vous aurez de vous aimer. Pas au décor, mais à l’exigence de l’amour qui va, et c’est une spécificité du christianisme, jusqu’à l’amour même des ennemis. Aujourd’hui nous ne célébrons pas seulement le souvenir d’un homme, Joseph, qui cherche où il peut mettre sa femme enceinte à l’abri, pas seulement le souvenir d’un bébé couché dans une mangeoire dans un village qui s’appelle la maison du pain, Bethléem, annonçant ainsi qu’il se fait notre nourriture. Nous ne célébrons pas le souvenir de quelqu’un qui est devenu un migrant, qui a été poursuivi pour être détruit par un pouvoir corrompu, celui d’Hérode ; de quelqu’un qui est venu prendre la dernière place et qui l’aura de fait à son crucifiement. Nous célébrons la force qui nous est donnée par Lui, cet enfant, le sauveur, qui nous engage dans les combats de ce monde pour un avenir nouveau, un nouveau testament où Dieu veut faire advenir toute l’humanité à Lui, la multitude comme le prêtre le dit à la consécration du pain et du vin. Regardons l’enfant, regardons l’humanité, Joseph, Marie, les bergers, mais ne restons pas dans le folklore car ce n’est pas le folklore qui construit une société, un monde. Oui, regardons l’avenir en fêtant celui qui nous fait constamment entrer dans un nouveau contrat de vie, un nouveau testament. 

Notre identité, ce n’est pas ce que nous avons fait, c’est ce que nous ferons ! 

Notre identité ce n’est pas un système, c’est une rencontre, c’est quelqu’un, c’est le Christ. 

Père Gérard Faure, curé

Pour télécharger l'homélie, cliquez sur l'image ci-dessous

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