"Venez comme vous êtes, mais repartez différents !"

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Homélie de l'Épiphanie - Dimanche 02 janvier 2022

Quand Moïse, alors qu’il s’occupait de ses moutons qui étaient d’ailleurs ceux de son beau-père, a vu un phénomène étrange dans le désert, il s’est écarté de son chemin, ainsi dit le texte, pour aller voir ce qui se passait. Là, il rencontra le Divin, auquel il résista un moment, donnant argument sur argument pour refuser la mission, jusqu’à que le Divin révèle son Nom : JE SUIS. A travers le Buisson Ardent, comme on a l’habitude de l’appeler, le Seigneur parla à Moïse et la vie de Moïse, et pas seulement la sienne, fut changée, et pas qu’un peu. 

Aujourd’hui dans le récit évangélique des mages venus d’Orient, nous avons un peu la même chose. Non, pas de buisson ardent ; à part une étoile, rien que de très normal : une maison, un enfant, des parents, peut-être encore quelques personnes qui nous représentent, et trois hommes qui offrent de l’encens de l’or et de la myrrhe. 

Tu parles d’un cadeau !  

L’or, parce qu’il est Roi, et c’est pour cela que le pouvoir d’Hérode, fut-il fantoche, ou même parce qu’il est fantoche, veut le faire disparaitre. 

L’encens, parce qu’il est Dieu et vient accueillir notre prière, 

La myrrhe, parce qu’il est mortel, et qu’il descendra au plus bas de nos vies, dans les eaux du Jourdain, comme il descendra au tombeau, avant de remonter du côté de la Terre Promise comme il sera relevé du tombeau au matin de Pâque, inaugurant ainsi notre destinée. 

On pourrait presque s’arrêter là, on pourrait, si nous ne prenions pas l’évangile au sérieux. On pourrait, mais peut-être le faisons-nous parfois, souvent, classer cela dans la série des belles histoires qui nous font du bien un moment mais qui en fait ne changent pas trop notre vie. Le sapin rangé, la crèche démontée, la buche absorbée, la galette partagée, nous repartons un peu comme avant. Nous repartons à nos travaux, nos responsabilités, nos préoccupations, nos rencontres heureuses, joyeuses ou difficiles, nous repartons à nos masques, nos soins, notre attention aux autres, plus ou moins convaincus que l’année nouvelle sera différente, ou pas.  

Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans ce récit évangélique, c’est l’attitude des trois mages : avertis en songe, ils repartent par un autre chemin. Ils se mettent, comme Moïse, à l’écart. Ils font un écart, ils repartent par un autre chemin. 

Ça m’amuse parfois : quand nous venons à la communion, nous repartons systématiquement à la place où nous étions avant. C’est quelquefois la même place que le dimanche précédent, ou même que l’année d’avant, peut-être depuis 10 ans ! ça pourrait s’appeler de la fidélité, mais ce n’est peut-être qu’une habitude. Ce n’est pas un problème, j’ai d’ailleurs dit que je regarde cela d’un œil amusé, revenant moi-même à la même place que celle que j’occupais quelques minutes avant. Ce n’est pas un problème si ce n’est pas l’image de notre vie. 

La rencontre de Dieu a marqué Moïse, il a changé ses projets. Les mages ont changé leur chemin, ils en ont pris un autre. Et nous ? 

Comment rester fidèles et changer, changer non pas pour le plaisir mais pour être adapté aux circonstances de notre vie personnelle, la vie du monde et la vie de l’Église dans le monde. Quand nous allons à la rencontre du Seigneur, à la messe par exemple mais aussi dans la prière personnelle, l’écoute de la Parole de Dieu, dans nos engagements au service des autres, quand nous allons à la rencontre du Seigneur, acceptons-nous qu’il nous change ? Lui demandons-nous de nous changer ? 

Dans la vie paroissiale, par exemple quand notre secteur pastoral change, évolue ne serait-ce que dans sa composition, sa réalité géographique, acceptes-nous de changer, ou bien nous disons-nous plus ou moins consciemment : il y a du nouveau, mais tant que ça ne touche pas mes habitudes,… 

Face aux épreuves de l’Église aujourd’hui, acceptons-nous même de nous poser des questions ? Il m’a encore été donné de rencontrer un ami qui m’a dit ce qu’il ne m’avait jamais dit auparavant, qu’il avait été victime d’un prêtre abuseur sexuel : vais-je accepter d’écouter, de ne pas me contenter de le plaindre gentiment, ce qu’il ne demande d’ailleurs pas ? Ou vais-je, changé par la rencontre, me remettre en question et participer, le synode aidant, à un renouvellement de la vie de l’Église dans son fonctionnement institutionnel même si, spontanément, j’ai envie de me dire : laissons cela aux plus jeunes et puis : ça finira bien par passer ! 

Non, comme pour Moïse, comme pour les mages, la rencontre de Dieu, quelle que soit la manière dont il s’y prend pour me toucher, doit changer nos vies. 

Je vous propose un slogan. Il vient de Mac Donald même si j’eusse aimé le trouver moi-même. "Venez comme vous-êtes !"

Mais transformons le slogan publicitaire pour qu’il soit source de vie. Non pas seulement : Moïse, viens comme tu es ! Melchior, Gaspar, Balthazar si vous vous appelez ainsi, Gérard … venez comme vous êtes ! 

Mais plutôt, Moïse, Melchior, Balthazar, Gérard, tout un chacun :  

"Venez comme vous êtes, mais repartez différents !"

Père Gérard Faure 

2 janvier 2022

Pour télécharger l'homélie, cliquez ici

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