In memoriam...

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Paroissienne de Sainte Eulalie, Madame Claudie Lavaud, professeur émérite de l'Université de Bordeaux et enseignante durant de nombreuses années au séminaire de Bordeaux ainsi qu'à l'Institut Pey Berland, est décédée le samedi 27 octobre 2018 à l'âge de 71 ans.

 

Voici l'homélie du père Didier Monget, curé du secteur, prononcée lors de la célébration des obsèques de Madame Claudie Lavaud le mercredi 31 octobre 2018 en l'église Sainte-Eulalie de Bordeaux.

 

« J’ai connu Claudie Lavaud pendant nos études de philosophie. C’était une étudiante particulièrement brillante, à l’intelligence claire et aigüe. Moi-même ayant vécu jusque là dans le monde assez protégé des Séminaires, je découvrais ce monde universitaire, son agitation intellectuelle et politique, ses remises en question. Claudie fut pour moi, avec José, qui deviendrait son époux, et quelques autres, un des premiers exemples d’une présence chrétienne affirmée – mais sans arrogance - dans une société déjà bien sécularisée, voire hostile au christianisme. Nos tâtonnements bénéficiaient de l’aide précieuse de nos aumôniers étudiants.

 

Claudie fut une femme profondément engagée, à tout point de vue.

 

Une philosophe, une vraie, c’est-à-dire engageant sa propre existence dans ses questions, dans sa recherche incessante, dans les réponses qu’elle élaborait peu à peu.

 

Une théologienne aussi, ayant poussé très loin son investigation dans les origines chrétiennes, dans la pensée des Pères de l’Église et des conciles. Sa thèse de doctorat (1) marchait sur ces deux pieds : philosophie et théologie, le tout pour essayer de dire, de dire l’Autre, avec un petit ‘a’ ou un grand ‘A’. Dire Dieu, dire la Personne, l’un n’allant pas sans l’autre ; le discours sur l’un s’élaborant en dialogue avec le discours sur l’autre. La Révélation chrétienne apportant sa contribution indispensable à l’interrogation philosophique.

 

Claudie Lavaud fut aussi une universitaire engagée, prenant ses responsabilités dans l’organisation même de la vie universitaire. Sa philosophie ne restait pas dans les nuages. Elle fit même quelques tentatives d’engagement politique.

 

Elle fut aussi une épouse et une mère de famille, mère de quatre enfants, aujourd’hui grand-mère de 14 petits enfants. Je me demandais toujours comment elle pouvait mener tout cela de front, et j’avouais mon admiration.

 

Elle était une chrétienne. On entre ici dans le mystère, dans le sanctuaire intime du cœur à cœur avec Dieu. Une priante : je la revois, le livre de l’office des heures à la main. Elle parlait, certes, et sur un ton très décidé. Mais elle se taisait aussi, et j’interrogeais quelquefois la profondeur de son regard. ‘Plus intime à moi-même que moi-même’ dit St Augustin. Et St Paul : 'À présent, nous voyons comme dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face. À présent, ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu. (2)'

 

'Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des Cieux est à eux ! Heureux les doux… Heureux ceux qui pleurent… Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !...'

 

Le chrétien apprend, depuis son baptême, qu’il est appelé à mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Notre existence est tout entière pascale, faite de petites morts, de petits renoncements, de petits dépouillements – parfois de grands – et de moments de lumière, de joie, de résurrection. Claudie a vécu cela comme chacun, à travers les difficultés de la vie, les deuils, et la joie des naissances. Mais elle a vécu plus que cela, s’enfonçant peu à peu dans la nuit de la maladie, dans une véritable kénose, mystérieusement unie à Jésus – accompagnée inlassablement de son époux, de ses enfants.

 

Il y a de nombreuses années, nous célébrions les obsèques d’une amie, chercheuse en sciences physiques, je crois, et Claudie avait introduit une des lectures de l’office, dans le livre de l’Apocalypse. C’était une introduction assez longue – peut-être une dizaine de lignes - pour ce texte très beau mais difficile ; une introduction particulièrement lumineuse, qui m’a marqué. Par le biais de ce texte, c’est un peu elle qui proclame la Résurrection.

 

L’Apocalypse annonce la fin de l’histoire, la fin de ce monde, et la création par Dieu d’un monde nouveau, ciel nouveau et terre nouvelle. Épousailles définitives de Dieu et de l’Église que nous sommes. Fin des larmes, de la mort, des cris et de la tristesse.

 

Ce jour-là, le Seigneur dira :

 

'Voici que je fais toutes choses nouvelles. C’est moi l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. C’est moi qui donnerai gratuitement à celui qui a soif l’eau de la source de vie. Telle sera la part du vainqueur : je serai son Dieu et il sera mon fils (je serai son Dieu et elle sera ma fille).' »


P. Didier Monget

 

(1) Le Tiers retrouvé : pour une logique de l’altérité, Bordeaux et Lille, Atelier national de reproduction des thèses, 1984.

(2) 1 Co 13,12.

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